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26/09/2015

Funérailles des Otages (Compte-rendu)

Paru dans la Biographie de Sa Grandeur Mgr Georges Darboy, archevêque de Paris : avec une notice sur les principaux otages massacrés en mai 1871, par ordre de la Commune, par Cyprien Ordioni, A. Leclère et Cie Ed., Paris, 1871.

 

COMPTE RENDU

DES

FUNÉRAILLES DES OTAGES

 Darboy and martyrs.jpg

FUNÉRAILLES DES OTAGES

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extrait des journaux

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Aujourd’hui 7 juin Paris a entendu le canon. C’était pour annoncer les funérailles de l’archevêque. Le corps, quittant le palais archiépiscopal, est porté triomphalement à Notre-Dame ; ce corps frappé il y a quelques jours contre le mur intérieur d’une prison, et enfoui avec d’autres à l’angle d’une rue ! Derrière lui marche la France, représentée officiellement par l’Assemblée nationale ; devant lui s’avance la croix, proscrite à vrai dire depuis neuf mois ; car le gouvernement régulier l’avait laissé chasser des écoles, avant que le gouvernement insurgé la fit tomber du fronton des églises et l’arrachât même des autels. La croix revendique et reprend ses droits par le martyre. Il y a une voix du sang et du témoignage qui l’appelle impérieusement. Il faut céder, Dieu le veut. Les barricades s’abaissent, la passion du sauvage s’impose le frein, la passion plus rebelle et plus sourde du lettré s’impose le silence, la croix passe. ‘Vous ferez demain comme il vous plaira, vous comprendrez ou vous ne comprendrez pas, vous changerez de voie ou vous continuerez dans votre voie mauvaise : mais voici un martyr, et vous laisserez passer la croix !

Il y a deux grandes palmes sur ce cercueil, deux palmes immortelles. La palme de l’obéissance est unie à celle du martyre. Avant de mourir avec cette sérénité qui accepte et qui pardonne, l’archevêque avait fait un acte de foi et d’humilité plus précieux même que sa mort. Entre la captivité du siège et la captivité de la prison, il s’est soumis à un décret de l’Eglise qu’il avait combattu. C’est la gloire de sa vie, sa couronne plus resplendissante que la couronne de sang, le triomphe de son âme sacerdotale. C’est par là qu’il a sauvé son Église,, et qu’il obtiendra de Dieu pour son peuple un autre pasteur qui le gardera dans la foi.

Que la mémoire de Georges Darboy, archevêque de Paris, témoin de Pierre, vicaire du Christ, et témoin du Christ, fils unique de Dieu, soit bénie à jamais!...

(Univers.)

Une foule nombreuse s’était portée sur le chemin que devait parcourir le funèbre cortège. Dès le matin, le palais archiépiscopal de la rue de Grenelle-Saint-Germain était l’objet d’un véritable pèlerinage. Tous les fonctionnaires, les députés, les prélats venus de Versailles pour assister aux funérailles, se rendaient à la chapelle ardente.

A dix heures et demie, le cortège se mit en marche et suivit la rue de Bourgogne et les quais, jusqu’au parvis Notre-Dame.

Le corps de Mgr Darboy n’a pas pu être porté à bras et la figure découverte, ainsi qu’on l’avait dit, car avant-hier il a fallu procéder à la mise au cercueil. L’archevêque n’ayant pu être embaumé que trois ou quatre jours après sa mort, cet embaumement n’a produit aucun effet et force a été de le transporter sur un char et dans un double cercueil.

Dès neuf heures du matin, les troupes qui devaient former le cortège se massent sur la place des invalides, rue de l’Université, place et rue de Bourgogne et sur le quai d’Orsay.

Six-coups de canon annoncèrent la sortie du cortège du palais archiépiscopal.

Le 1er régiment de cuirassiers, qui formait la tête, se mit en mouvement. Venait ensuite le général Vinoy et son état-major : le 3e régiment de chasseur d’Afrique, deux généraux de brigade, le 23e régiment des chasseurs de Vincennes, le 39e de ligne, musique en tête, le 48e, et quatre voitures de deuil dans lesquelles ont pris place les chanoines du chapitre métropolitain.

Enfin, la croix, la crosse, la mitre, le bougeoir et le pontifical des archevêques de Paris, portés par de jeunes prêtres, précédant le char, attelé de six chevaux richement caparaçonnés et conduits à la main par des palefreniers en grande livrée et portant les restes mortels de Mgr Darboy.

Le frère du défunt et des parents et amis de la famille suivent à pied, dans le plus profond recueillement.

Ils sont suivis par une députation de l’Assemblée nationale, par les consistoires israélite et protestant, par des académiciens, des artistes, des membres de la chambre de commerce et des commerçants du faubourg Saint-Germain.

Viennent ensuite le char portant les restes de Mgr Surat, attelé de quatre chevaux, le 38e de ligne, une batterie d’artillerie et trois escadrons des 8e et 9e de cuirassiers qui ferment la marche.

La foule est immense sur tout le parcours ; la place du Parvis est inabordable.

Dès six heures du matin, toutes les tribunes de l’immense basilique sont remplies d’assistants.

Personne ne pénètre plus dans l’église. La façade est entièrement tendue de noir.

A la porte, le chapitre de Notre-Dame, les curés de Paris et leur clergé reçoivent le corps de l’archevêque, qui est porté processionnellement sous le catafalque qui lui a été élevé et autour duquel l’attendaient les corps de ses infortunés compagnons, le curé de la Madeleine et les trois pères Jésuites fusillés avec lui.

Sur les marches de l’Hôtel-Dieu, une foule compacte entoure les sœurs de charité qui stationnent au dernier rang.

La tristesse est sur tous les visages à Notre-Dame, et des torchères, à l’esprit de vin, qui brûlent sur toute la longueur de la grande nef, ajoutent encore au milieu de ces tentures noires, à l’émotion qui se lit sur tous les visages.

La chaire et la stalle de l’archevêque sont voilées de longs crêpes noirs à crépine d’argent.

Tout en haut de l’église, sur des écussons appendus à intervalles égaux, on lisait ces dates funestes :

22, 23, 24, 25 mai 1871

ainsi que les noms des malheureuses victimes de ces horribles journées.

Le corps de Mgr Darboy, pendant la cérémonie, était disposé sous un dais magnifique aux coins duquel se trouvaient quatre anges, la main sur la figure en signe de deuil. — Le corps de Mgr Surat reposait à droite et celui de M. l’abbé Deguerry à gauche, sous deux catafalques. Les vêtements sacerdotaux des malheureuses victimes étaient déposés sur leur cercueil.

Au fond de l’église se tenait le général Laveaucoupet, entouré de son état-major. C’est lui qui commandait les forces militaires pour la triste cérémonie.

Dans le chœur étaient placés le maréchal Mac-Mahon, les généraux de Cissey, Susbielle, ainsi que l’amiral Saisset accompagnés de leurs états-majors. Auprès d’eux se trouvaient MM. Jules Favre, Jules Simon, Grévy, Daru, Picard, Léon Say et d’autres encore.

De chaque côté des catafalques étaient les députés au nombre de deux cents au moins. Dans la grande nef, plus près de la grande porte d’entrée, les membres de l’Institut, parmi lesquels le baron Taylor et M. Camille Doucet.

Plus loin, sur le côté opposé, plusieurs généraux entourés d’officiers de tous grades. Derrière ceux-ci, la Société des sauveteurs de Paris.

Pendant la bénédiction, les clairons et les tambours sonnaient ft battaient aux champs. La musique de la garde républicaine s’est fait entendre à diverses reprises.

La cérémonie s’est terminée par cinq absoutes données successivement par les évêques de Versailles, de Coutances, de Châlons, de Bagneux et en dernier lieu par Mgr Chigi, nonce du pape.

Le prélat officiant était Mgr Alouvri, ancien évêque de Pamiers, remplaçant le doyen d’âge, Mgr Allot, évêque de Meaux, empêché par indisposition.

L’évêque de Troyes était avec le chapitre.

Le Miserere de Mozart a été joué à la fin de la cérémonie. Le hasard a produit à ce moment un effet grandiose. Un coup de canon, dont la vibration s’est longtemps prolongée sous les voûtes, a pointé la dernière note du morceau.

La foule s’est retirée en silence, et le cercueil a été descendu dans le caveau des archevêques de Paris. 

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LISTE OFFICIELLE

DES OTAGES ASSASSINÉS AVEC MGR L’ARCHEVÊQUE DE PARIS

 

Mgr Darboy, archevêque de Paris. — Mgr. Surat, protonotaire apostolique, vicaire général de Paris. — L’abbé Deguerry, curé de la Madeleine. — L’abbé Bécourt, curé de Notre-Dame-de-Bonne-Nouvelle. — L’abbé Sabatier, deuxième vicaire de Notre-Dame-de-Lorette. — L’abbé Allard, prêtre libre, aumônier d’ambulance. — L’abbé Plan chat, aumônier du patronage de Sainte-Anne, à Charonne. — Le R. P. Houillon, prêtre de la Congrégation des Missions étrangères. — M. Seigneret, séminariste de Saint-Sulpice. — Les RR. PP. Ducoudray, Olivaint, Clerc, Caubert, de Bengy, de la Compagnie de Jésus. — Les RR. PP. Radigue, Tuffier, Rouchouze, Tardieu, de la Congrégation des S.-C. de Jésus et de Marie. (Maison de Picpus.) — Les RR. PP. Captier, Bourard, Cotrault, Delhorme, prêtres, Chatagneret, sous-diacre, dominicains de l’école libre Albert-le-Grand, à Arcueil.

MM. Bonjean, président à la cour de cassation. — Chaudey, publiciste. — Jecker, banquier. — Gauquelin, Volant, Petit, maîtres auxiliaires à l’école libre Albert-le-Grand (à Arcueil). — Aimé Gros, Marce, Cathala, Dintroz, Cheminai, serviteurs de l’école libre Albert-le-Grand (à Arcueil).

MM. Genty, maréchal des logis de gendarmerie. — Bermont, Poirot, Pons, brigadiers de gendarmerie. — Bellamy, Chapuis, Doublet, Ducrot, Bodin, Pauly, Walter, gendarmes. — Keller, Weiss, gardes de Paris.

(Journal officiel.)

 

Il faut ajouter à ces noms :

MM. Derest, ancien officier de paix. — Largillière, sergent-fourrier. — Moreau, garde national. — Belanuy, Biancherdini, Biolland, Burtolei, Breton, Cousin, Coudeville, Colombani, Dupré, Fischer, Garodet, Geanty, Jourès, Marchetti, Mangenot, Margueritte, Maunoni, Mouillie, Marty, Millotte, Paul, Pourtau, Salder, Vallette, gardes de Paris.

 

 

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12/09/2015

"In odium fidei, in odium nominis Christi Jesu"

 

portrait Leon Ducoudray.jpg

 

 

 "Car j'en ai la douce et forte confiance, si Dieu fait de nous, prêtres et religieux, des otages et des victimes, c'est bien in odium fidei, in odium nominis Christi Jesu."

 

Réverend Père Ducoudray, 16 mai 1871.

 

 

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06/09/2015

Archives : Edouard Drumont évoque l'Ecole Sainte Geneviève

Le Journal de l’Ain (61e année - N°61, du Lundi 26 mai 1879) dans la revue des journaux [en page 2] cite longuement un article d’Edouard Drumont qui évoque un moment le martyr des pères Ducoudray, de Bengy, Clerc, Olivaint et Caubert.

 

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Dans la Liberté,[i] excellent article de M. Drumont sur les congrégations en général et les Jésuites en particulier. C’est le personnel de la rue des Postes que notre savant confrère passe d’abord en revue :

Les membres de la Compagnie sont presque tous des hommes éminents. Toutes les professions libérales sont représentées parmi eux. Le Père de Montfort, pour prendre quelques noms au hasard, est un ex-officier du génie (École polytechnique) ; le Père Turquand, un officier d’artillerie (Ec. pol.) ; le Père Jomard, un ingénieur des ponts et chaussées (E. pol.) ; le Père de Benazé, un ingénieur des constructions navales (Ec. pol.) ; le Pères Saussier est un ancien officier de marine, qui est un camarade d’École navale de notre directeur ; le Père Bernière est aussi un ancien officier de marine ; le Père de Plat a été également capitaine de vaisseau. Les Pères de Laudic, Escoffier, Fèvre sortent de Saint-Cyr ; les deux premiers ont été officiers d’état-major, le troisième lieutenant de chasseurs à cheval.

Le Père Joubert, qui a été longtemps professeur à Rollin, est docteur ès-sciences ; le Père Legouix, qui a été reçu le premier à l’École normale (section des sciences), est docteur ès-sciences naturelles ; le Père Verdier est agrégé d’histoire.

Franchement, sans être fanatique, on ne peut s’empêcher de hausser les épaules en voyant un

avocat comme M. Jules Ferry se permettre d’interdire à des pères de famille de confier leurs enfants à des tels hommes, sous prétexte qu’ils sont indignes d’enseigner. Il serait aussi équitable de dégrader le Père de Benazé qui a été nommé chevalier de la Légion d’honneur pour avoir sauvé son navire dans une expédition au pôle Nord. Le seul penseur logique dans cette question, ce n’est pas Ferry, c’est Ferré ; il ne s’est pas amusé à contester au Père Olivaint, qui avait été professeur à Charlemagne, le droit de faire rue Lhomond ce qu’il pouvait faire rue Saint-Antoine, il l’a tué…

M. Drumont nous conduit ensuite dans la cour et dans le parloir de l’établissement :

Mais revenons à l’école Sainte-Geneviève. Dans la cour à gauche, en lettre d’or, vous lisez cette inscription tirée des Macchabées : Melius est mori quam videra mala gentis nostræ et sanctorum.[ii] Ceci est la théorie ; entrez dans le parloir qui est à votre droite : et voici l’application. Sur les murs de ce parloir, vous apercevez les photographies de tous les élèves de l’école tués à l’ennemi. Les noms les plus obscurs figurent à côté des plus illustres ; ce sont, pour citer au hasard : le comte d’Adhémar de Cransac, tué à Gravelotte ; le prince de Berghes, tué à Sedan ; Robert de Kergaradec et le marquis de Suffren, tués à Reichshoffen ; Law de Lauriston, tué en Afrique ; le duc de Luynes et de Chevreuse, tué à Loigny ; Joseph Algay, tué à Orléans ; Henri Aubert, tué à Thiais ; Lionel Lepot, tué à Paris. Le total des victimes est de 86, ce qui est encore un chiffre qu’on ajouter à ceux que nous avons reproduits.

On s’arrête devant ces portraits et l’on éprouve en passant cette revue, une impression de mélancolie profonde. Quelques-unes de ces physionomies sont martiales et révèlent le soldat déjà habitué aux camps ; d’autres sont empreintes encore d’une grâce juvénile, et sous le héros laissent apparaître l’enfant. Lisez les Souvenirs de l’École Sainte-Geneviève, et dans chacune des notices consacrées par le P. Chauveau aux élèves tombés pour la patrie vous trouverez des épisodes superbes ou touchants.

À mesure que l’auteur avance dans son récit, l’émotion, une émotion toute patriotique s’empare de lui ; elle se communiquera comme d’elle-même au lecteur :

Cette visite dans le parloir est vraiment impressionnante, je le répète. Quand un vieillard vous dit, avec son bon sourire, devant ce martyrologe de l’École : « On prétend que nous ne sommes pas Français ! » on songe que beaucoup de ceux qui sont le plus acharnés contre ces patriotiques instructeurs d’une jeunesse héroïque sont eux, des Français d’hier. La France leur a fait généreusement place à son foyer, elle les a mis dans les postes que n’occuperont jamais beaucoup de ses enfants qui, de père en fils, sont sur le sol depuis cinq cents ans. Ne serait-ce pas de la simple pudeur que de laisser au moins nos pères de familles faire élever leurs enfants à leur guise ?

Dans le fond du parloir, vous découvrez la statue du P. Ducoudray, recteur de l’école Sainte-Geneviève avant le P. Du Lac, et représenté au moment où il tombe sous les balles des fédérés. Au-dessus de la porte d’entrée qui conduit aux cellules sont les médaillons du P. Caubert, du P. Alexis Clerc et du P. de Bengy. Les deux premiers sont graves et doux ; l’autre, presque souriant, comme il convient à l’intrépide aumônier militaire qui se multipliait pendant le siège et trouvait moyen d’égayer nos blessés au milieu de leurs souffrances.

C’est le 4 avril 1871, on le sait, qu’un bataillon de fédérés envahit l’École de la rue Lhomond, et demanda qu’on lui livrât les armes cachées. Pour la foule, les armes cachées sont le mot vague que les prétendus lettrés remplacent par le mot menées occultes ou agissements ténébreux. Ce sont les mêmes phrases toutes faites ; seulement l’homme du peuple, en les employant, est plus sincère. Faute d’armes qui ne se trouvèrent pas, on saisit le Père Ducoudray, le Père Anatole de Bengy et le Père Clerc, qui furent bientôt rejoints au dépôt par le Père Olivaint et le Père Caubert, arrêtés rue de Sèvres.

Ce n’est pas le cas d’employer une expression consacrée et de répéter que les détails de l’effroyable agonie de ces malheureux otages sont dans toutes les mémoires. Il paraît que dans certaines mémoires d’hommes d’État, ces horreurs exercées sur de vieux prêtres n’ont laissé que le désir de tourmenter un peu, par des voies en apparence plus légales, ceux que la Commune a épargnés !

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[i] La Liberté est un journal parisien, fondé en 1865, qui avait été racheté en 1866 par Emile de Girardin qui en fit le premier grand journal du soir.

[ii] Premier Livre des Macchabées, (III, 59). Dans la traduction latine de la Bible, disponible sur le site du Vatican, la phrase est celle-ci : « quoniam melius est nos mori in bello quam respicere mala gentis nostrae et sanctorum. » qui peut se traduire : « Car mieux vaut pour nous mourir les armes à la main que de voir les maux de notre peuple et notre sanctuaire profané. » (Traduction par le Chanoine A. Crampon, Paris, Société de Saint Jean l’Evangéliste, Desclée et Compagnie, 1923.)

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