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12/07/2015

Emouvantes reliques

Nous venons d'apprendre qu'un lot de reliques des martyrs de la Commune a été mis en vente en Juin 2010.

A titre d'information nous reproduisons l'extrait du Catalogue concernant ce lot :

Émouvantes reliques des religieux martyrs de la Commune. 1871

Description

Reliques.jpg

 

Émouvantes reliques des religieux martyrs de la Comune. 1871.

Grand carton relié demi-cuir, couverture en chagrin marquée « Reliques des martyrs de la Commune. 1871 » (traces de dorure). 55 x 37 cm

Il contient 44 grands feuillets cartonnés (44x34cm), présentant les reliques des prêtres exécutés durant la Commune de Paris, avec pour chacun, une photographie, un autographe, ainsi qu'un morceau de vêtement (soutane, chapeau ou gilet) souvent porté lors de l'exécution, le tout finement cousu.

Sont présentées les reliques de :

- L'abbé Allard, prêtre libre, aumônier d'ambulance : photographie, divers papiers lui ayant appartenus, autographes, fragment du chapeau porté lors de son exécution, allocution de l'abbé Allard, cousin du martyr, le 10 janvier 1872.

- L'abbé Bécourt, curé de Bonne Nouvelle : photographie, morceau de vêtement qu'il portait lors de son exécution, morceau de soutane, fin de son dernier sermon autographe.

- Le Père de Bengy, de la Compagnie de Jésus : photographie, morceaux de gilet de flanelle et de gilet teinté de sang, autographe.

- Le Président Bonjean, premier Président de la Cour d'appel de Paris : gravure, bout de papier percé de balles, teinté de sang, trouvé sur son cœur, autographes.

- Le Père Bourard, dominicain à Arcueil : photographie, morceau de gilet de flanelle, deux grains de chapelet, morceau de discipline, autographe.

- Le Père Captier, dominicain à Arcueil : photographie, morceau de soutane, autographe et illustration du massacre des dominicains d'Arcueil.

- Le Père Caubert, de la Compagnie de Jésus : photographie, morceau de gilet de flanelle, autographe.

- Le Père Chatagneret, dominicain à Arcueil : photographie, morceau de soutane et autographe.

- Le Père Clerc, de la Compagnie de Jésus : photographie, morceaux de mouchoirs teints de sang et de gilet de flanelle, autographe.

- Le Père Cotrault, dominicain à Arcueil : photographie, morceau de soutane et autographe.

- Monseigneur Darboy, évêque de Paris : photographie, morceaux de soutane, pardessus et de gilet teinté de sang, chemise percée de balles. L'ensemble scellé à la cire rouge de son sceau.

- L'abbé Deguerry, curé de la Madeleine : photographie, morceau de gilet teinté de sang, dernier billet autographe, morceau de soutane.

- Le Père Delborne, dominicain à Arcueil : photographie, morceau de soutane et autographe.

- Le Père Ducoudray, de la Compagnie de Jésus : photographie, morceaux de vêtement, autographes.

- Monsieur Guérin, otage de la Commune, scapulaire et autographe.

- L'abbé Houillon, prêtre de la congrégation des Missions étrangères : photographie, morceau de son mouchoir, autographes et sa calotte.

- Frère Néomède Justin : photographie, morceaux de robe et de manteau.

- L'abbé Olivaint, de la Compagnie de Jésus : photographie, morceaux de gilet de flanelle et de gilet teinté de sang, autographe.

- L'abbé Planchat, aumônier du Patronage de Sainte Anne, à Charonne : photographie, morceau du vêtement porté lors de son exécution.

- Le Père Radigue de la congrégation des S.C de Jésus et de Marie : photographie, morceau de vêtement et autographe.

- Le Père Rouchouse de la congrégation des S.C de Jésus et de Marie : photographie, morceau de soutane et autographe.

- L'abbé Sabatier, deuxième vicaire de Notre Dame de Lorette : photographie, morceau de vêtement porté lors de son exécution, autographes.

- L'abbé Seigneuret, séminariste de Saint Sulpice : photographie, morceau de vêtement et autographe.

- Monseigneur Surat, vicaire général de Paris : photographie, bout de vêtement, barrette, gravures, lettres et autographes.

- Le Père Tardieu de la congrégation des S.C de Jésus et de Marie : photographie, morceau de soutane et autographe.

- Le Père Tufier de la congrégation des S.C de Jésus et de Marie : photographie, morceau de soutane et autographe.

L'ensemble a été réuni par l'abbé Crétineau Joly, chaque pièce a été certifiée par des proches de chaque martyr et les feuillets sont tous revêtus du cachet des paroisses de Saint Germain des Prés, de La Madeleine ou de Notre Dame de Lorette. La correspondance de l'abbé avec les personnes ayant transmis les souvenirs, ainsi que des photomontages d'époque des différentes exécutions sont jointes à l'ensemble.

Historique :

Le 24 mai 1871, durant la “Semaine sanglante” , qui voit l'écrasement de la Commune de Paris par les troupes versaillaises, Monseigneur Georges Darboy, archevêque de Paris, l'abbé Gaspard Deguerry, curé de la Madeleine et célèbre prédicateur, trois pères jésuites et Louis-Bernard Bonjean, président de la Cour d'appel de Paris, qui avaient été faits prisonniers et retenus comme « otages du peuple de Paris », sont passés par les armes dans une cour de la prison de la Grande-Roquette. Différentes propositions d'échanges, notamment contre Blanqui, avaient été faites aux autorités versaillaises, en vain.

 

Les Pères dominicains, des professeurs et des domestiques du collège Albert le Grand d'Arcueil sont tués par balle, en pleine rue, le 25 Mai 1871 par les fédérés. Le 26 Mai, 5 ecclésiastiques et des gardes nationaux sont exécutés Rue Haxo. Enfin le 27 Mai, Monseigneur Surat et l'abbé Bécourt, bien que libérés de la Prison de la Roquette, sont pris à partie et tués en pleine rue.

 

24/12/2014

Abbé Escalle : Rapport sur la mort des otages

RAPPORT

SUR LA

MORT DES OTAGES

DE LA COMMUNE

Adressé le 3 juin 1871

A M. LE GÉNÉRAL DE LADMIRAULT

Commandant le 1er Corps de l’Armée de Versailles

 

 

PAR L’ABBÉ ESCALLE

Aumônier militaire

Chargé du Service religieux du 1er corps.

 

PARIS – IMPRIMERIE ADMINISTRATIVE DE PAUL DUPONT – 1874

 

oOo

 

Cédant aux désirs de quelques personnes qui m’ont souvent demandé un récit de la mort des otages, je fais imprimer ce rapport tel que les journaux le publièrent quelques jours après la défaite de l’insurrection. Écrit, je puis le dire, sur les lieux encore humides du sang des malheureux otages, en présence de leurs cadavres et d’après le témoignage de témoins oculaires, je n’essaie ni de le compléter, ni de le rectifier. Les débats auxquels ces crimes ont donné lieu devant les conseils de guerre ont mis en évidence certaines culpabilités, révélé certaines circonstances extérieures, mais ils n’ont, sur les crimes eux-mêmes, ajouté que très-peu de renseignements à ceux mentionnés dans ce rapport.

Les quelques mots que j’ai placés dans la bouche de l’archevêque de Paris résument fidèlement, et quant au sens et quant aux expressions elles-mêmes, les paroles prononcées par l’illustre victime. Elles ont été dites, soit clans le chemin de ronde, soit au pied du mur d’enceinte. Je les ai recueillies en écoutant l’interrogatoire de Virigg et les accablantes dépositions sur lesquelles il fut jugé quelques heures après notre entrée à la Roquette.

Il est certain maintenant que les victimes du massacre du vendredi 26 ne quittèrent la Roquette que deux ou trois heures avant l’assassinat et furent conduites par le boulevard de Ménilmontant, la rue de Belleville (alors rue de Paris) et la rue Haxo jusque sur le lieu du crime. Le temps d’arrêt d’une demi-heure à la Mairie et le rôle odieux joué par Ranvier sont également certains. Les détails donnés dans le rapport sur l’attitude des victimes dans la rue Haxo et celle de la foule avant et après l’assassinat viennent de témoins oculaires et sont absolument exacts. Je n’ai pu savoir ce qui s’est passé dans le fatal enclos de la cité Vincennes : aucune des victimes n’a survécu, et quant aux témoins, s’il y eut de simples témoins, ils auraient trop de peine à se distinguer des coupables pour ne pas rester silencieux.

Il n’est pas probable que nous en sachions jamais davantage sur ces massacres, épisode terrible entre tous de la plus terrible des guerres civiles. Peut-être vaut-il mieux que Dieu, dans sa justice tempérée de miséricorde, prononce seul sur la culpabilité des assassins et le mérite des victimes, et que le secret de tant de barbarie, d’égarement, de résignation et de souffrance reste à jamais enseveli dans son sein ! Nonne hoec condita sunt apud me, et signala in thesauris meis ? (Deut., 32.)[1]

A. E.

Paris, 31 mai 1874.

 

oOo

 

RAPPORT

Adressé le 3 juin 1871

A M. LE GÉNÉRAL DE LADMIRAULT

Commandant le 1er corps de l’armée de Versailles

 

PAR L’ABBÉ ESCALLE

aumônier militaire, chargé du service religieux du 1er corps.

 

—————

 

 

Mon Général,

Dans les journées du dimanche 28 et du lundi 29 mai, je me suis occupé, d’après vos ordres ? de retrouver les restes des otages mis à mort dans le courant de la semaine et de leur faire donner une sépulture chrétienne. J’ai l’honneur de vous adresser le rapport que vous avez bien voulu me demander à ce sujet, ainsi que les détails que j’ai pu recueillir sur ces odieux assassinats.

Dès les premiers jours de notre entrée dans Paris, je fus informé qu’un certain nombre d’otages, parmi lesquels l’archevêque de Paris, avaient été transférés de la prison de Mazas dans celle de la Roquette. Tout en remplissant mes devoirs d’aumônier militaire, je désirais me trouver avec les troupes qui opéraient dans cette direction ; j’espérais me rendre utile si quelque démarche pouvait être tentée encore pour la délivrance des prisonniers.

Le samedi 27 mai, à midi, je quittai le 1er corps et vins me mettre à la disposition de l’amiral Bruat, dont la division s’approchait en ce moment de la prison où les otages étaient détenus. Ce n’est que le lendemain dimanche, à quatre heures du matin, que nos soldats s’emparèrent de la Roquette. En y entrant nous acquîmes la douloureuse conviction que monseigneur l’archevêque de Paris ; M. le Président Bonjean, M. l’abbé Deguerry et un grand nombre d’autres otages avaient été mis à mort.

Les premiers renseignements que me fournirent les gardiens et d’autres personnes appartenant au personnel administratif de la prison m’apprirent qu’il y avait eu trois massacres d’otages ; un premier commis dans la prison elle-même le mercredi 24 mai, vers huit heures et demie du soir, un autre à Belleville le vendredi 26, à une heure que je ne pouvais encore déterminer, un troisième enfin la veille même, samedi 27, à six heures du soir, sous les murs de la prison, dans l’espace ouvert qui sépare le Dépôt des condamnés de la prison des jeunes détenus.

Ce sont les victimes de ce dernier assassinat que je retrouvais et que je fis exhumer les premières.

 

 

 

Meurtres du samedi 27 mai.

————

 

Tandis que nos troupes mettaient en liberté cent soixante neuf otages et écrouaient leurs propres prisonniers, quelques habitants du quartier, attirés par mes vêtements ecclésiastiques, vinrent m’apprendre que plusieurs otages, parmi lesquels devaient se trouver des prêtres, avaient été massacrés la veille au soir, au moment où ils venaient de franchir la porte du Dépôt des condamnés. Ils me désignaient en même temps, sur l’emplacement où bivouaquaient quelques soldats du génie, le lieu où s’était commis le crime.

Une fouille pratiquée aussitôt, nous fit découvrir, sous quelques centimètres de terre fraîchement remuée, quatre cadavres. Malgré de graves mutilations et de nombreuses meurtrissures, je n’eus aucune peine à reconnaître le corps de Mgr Surat, protonotaire apostolique et premier vicaire général de l’archevêque de Paris. Un autre cadavre était celui de M. Bécourt, curé de Bonne-Nouvelle : les deux autres étaient ceux d’un laïque qu’on a su depuis être employé de la préfecture.de la Seine, M. Charles Chaulieu, et d’une autre personne dont nous ne pûmes alors constater l’identité[2].

Je fis déposer ces corps dans une salle de la Maison des jeunes détenus et je pris les dispositions nécessaires pour que les familles intéressées fussent promptement averties.

Malheureusement, ce n’étaient pas là les seules victimes des misérables qu’avaient à combattre nos soldats. Au dire des habitants du voisinage, les victimes que nous venions d’exhumer avaient été assassinées dans un certain tumulte : six malheureux otages, délivrés par la pitié des gardiens, et voulant fuir une mort certaine, avaient franchi les portes de leur prison. Mais mal déguisés, connaissant peu les lieux, deux seulement étaient parvenus à sauver leur vie[3]. Les quatre autres, reconnus après avoir fait à peine quelques pas, étaient immédiatement tombés sous les balles, à la place même où nous venions de retrouver leurs corps. Les meurtres du 24 et du 26 avaient été commis plus froidement et dans des circonstances tellement révoltantes, que les témoignages les plus irréfragables ont pu seuls m’amener à y ajouter foi.

 

 

Meurtres du mercredi 24 mai.

————

 

Parmi les prisonniers que nos soldats amenaient en grand nombre à la Roquette, il en était un que les gardiens se désignaient avec horreur : c’était un homme en blouse, de taille moyenne, maigre, nerveux, d’une physionomie dure et froide et qui paraissait âgé d’environ trente ans. D’après ce qui se disait autour de lui, cet homme aurait commandé le peloton d’exécution des victimes du 24 et achevé de sa main l’archevêque de Paris. Interrogé minutieusement en ma présence par le commissaire civil attaché à l’armée, accablé par de nombreux témoignages, il fut, en effet, convaincu de ce crime et sommairement passé par les armes. Il s’appelait Virigg, commandait une compagnie dans le 180e bataillon de la garde nationale et se disait né à Spickeren (Moselle).

Voici ce qui s’était passé :

Le mercredi 24, un détachement commandé par ce misérable s’était présenté au Dépôt des condamnés, demandant six détenus, qui lui furent livrés, je n’ai point su ni sur quel ordre ni par qui. Ces six détenus furent appelés l’un après l’autre dans l’ordre des cellules qu’ils occupaient. C’étaient : —Cellule n° 1, M. le premier président Bonjean ; — cellule n° 4, M. l’abbé Deguerry ; — cellule n° 6, le P. Clerc, de la Compagnie de Jésus, ancien lieutenant de vaisseau ; — cellule n° 7, le P. Dncoudray, supérieur de la maison de Sainte-Geneviève ; — cellule n° 12, M. l’abbé Allard, un prêtre dévoué du clergé de Paris, dont on avait admiré le courage et le zèle au service des ambulances, et enfin, cellule n° 27, Mgr l’archevêque de Paris.

Les victimes, en quittant leurs cellules situées au premier étage, descendirent une à une et se rencontrèrent au bas de l’escalier : elles s’embrassèrent et s’entretinrent quelques instants, parmi les injures les plus grossières et les plus révoltantes[4]. Deux témoins oculaires me dirent, qu’au moment où ils avaient vu passer le cortège, M. Allard marchait en avant, les mains jointes, dans une attitude de prière ; puis Mgr Darboy, donnant le bras à M. Bonjean, et derrière, le vieillard vénéré que nous connaissions tous, M. Deguerry, soutenu par le P. Ducoudray et le P. Clerc.

Les fédérés, l’arme chargée, accompagnaient en désordre. Parmi eux se trouvaient deux Vengeurs de la République ; çà et là des gardiens tenant des falots, car la soirée était avancée : on marchait entre de hautes murailles, et le ciel couvert de nuages était encore assombri par la- fumée des incendies qui brûlaient dans Paris. Le cortège arriva ainsi dans le second chemin extérieur de ronde, sur le lieu choisi pour l’exécution.

On rapporte diversement les paroles qu’aurait prononcées Mgr Darboy. Les témoignages sont unanimes à le représenter disant à ces misérables « qu’ils allaient commettre un odieux assassinat, — qu’il avait toujours voulu la paix et la conciliation, — qu’il avait en vain écrit à Versailles, — qu’il n’avait jamais été contraire à la vraie liberté ; — que, du reste, il était résigné à mourir, s’en remettant à la volonté de Dieu et pardonnant à ses bourreaux. »

Ces paroles étaient à peine dites, que le peloton fit indistinctement feu sur les victimes placées le long du mur d’enceinte. Ce fut un feu très-irrégulier, qui n’abattit pas tous les otages. Ceux qui n’étaient pas tombés essuyèrent une seconde décharge, après laquelle Mgr Darboy fut encore aperçu debout les mains élevées. C’est alors que le misérable qui présidait à ces assassinats s’approcha et tira à bout portant sur l’archevêque. La vénérable victime s’affaissa sur elle-même : il était huit heures et vingt minutes du soir.

Les corps des six otages arrivèrent vers trois heures du matin au cimetière du Père-Lachaise et furent enfouis pêle-mêle, sans suaires et sans cercueils, à l’extrémité d’une tranchée ouverte tout à fait à l’angle sud-est du cimetière.

C’est là, qu’après avoir rendu les derniers devoirs aux quatre victimes tuées la veille (samedi soir), je me rendis vers huit heures du matin. Une brigade d’infanterie de marine occupait le cimetière et nous entendions, non loin de nous, la fusillade des troupes du 1er corps s’emparant des hauteurs de Belleville. Je ne pensai pas qu’il fallût surseoir un seul instant à l’exhumation des restes mortels qui gisaient dans la terre, sans sépulture depuis trois jours. L’amiral Bruat partagea cet avis ; et, aidé d’un petit nombre de personnes[5], je pratiquai les fouilles nécessaires. Nous retrouvâmes les corps sous l m 50 de terre, détrempée par les pluies des jours précédents, et je les mis dans les cercueils que j’avais pu me procurer.

Le corps de Monseigneur était revêtu d’une soutane violette toute lacérée. Il était dépouillé de ses insignes ordinaires : ni croix pectorale, ni anneau épiscopal. Son chapeau avait été jeté à côté du corps dans la terre, le gland d’or avait, disparu. La tête avait été épargnée par les balles ; plusieurs phalanges des doigts étaient meurtries. Les corps de M. Bonjean, du P. Ducoudray et des autres victimes portaient des traces de traitements odieux. Le premier avait les jambes brisées en plusieurs endroits ; le second avait la partie droite du crâne absolument broyée.

Je fis transporter rue de Sèvres, 35, les corps du P. Ducoudray et du P. Clerc ; on déposa dans la chapelle du cimetière ceux de M. Bonjean et de l’abbé Allard ; enfin j’accompagnai moi-même à l’archevêché, sous l’escorte d’une compagnie d’infanterie de marine, ceux de Mgr Darboy et de l’abbé Deguerry.

Ce n’est que le lendemain, lundi 29 mai, que je pus me mettre à la recherche des victimes du 26.

 

F Bournand_clergé commune Roquette.jpg

 

Meurtres du vendredi 26 mai.

————

 

Des renseignements recueillis la veille à la Roquette m’avaient appris que, dans la soirée du jeudi 28 mai, quatorze ecclésiastiques et trente-six[6] gardes de Paris avaient été extraits de cette prison et conduits à Belleville, où des bandes de fédérés les auraient fusillés en masse le lendemain. On savait vaguement que l’assassinat avait eu lieu quelque part sur le plateau de Saint-Fargeau.

Quand j’arrivai le lundi matin à Belleville, nos troupes procédaient au désarmement de ce quartier, encore très-agité. Nos propres soldats ne pouvaient me donner aucune information, et ce n’est qu’à grand’peine que les habitants, pleins de défiances et de colères, consentaient à parler. Je ne tardai pas cependant à acquérir la conviction que le massacre avait eu lieu rue Haxo, dans un emplacement appelé la cité Vincennes.

Je demandai au colonel de Valette, commandant les volontaires de Seine-et-Oise, quelques officiers de bonne volonté, et nous nous rendîmes sur le théâtre de ce nouvel attentat. MM. Lorras, chef du contentieux de la Compagnie d’Orléans, et le docteur Colombel, tous deux comptant de leurs parents au nombre des victimes, s’étaient joints à nous.

L’entrée de la cité Vincennes est au n° 83 de la rue Haxo : on y pénètre en traversant un petit jardin potager ; vient ensuite une grande cour précédant un corps de logis de peu d’apparence dans lequel les insurgés avaient établi un quartier-général. Au delà et à gauche, se trouve un second enclos qu’on aménageait pour recevoir une salle de bal champêtre, quand la guerre éclata. A quelques mètres en avant d’un des murs de clôture, règne, en effet, jusqu’à hauteur d’appui, un soubassement en briques destiné à recevoir un des treillis qui devaient former la salle de bal. L’espace compris entre ce soubassement et le mur de clôture forme comme une large tranchée de dix à quinze mètres de longueur. Un soupirail carré, donnant sur une cave, s’ouvre au milieu.

C’est dans cette cave que nous trouvâmes entassés en un seul monceau les cadavres de cinquante-deux victimes. Je donnai l’ordre de les retirer, et c’est sur les lieux mêmes et pendant que nous accomplissions ce pieux devoir que je pus recueillir, en contrôlant les uns par les autres plusieurs témoignages, les renseignements qui suivent sur le crime du 26.

Je n’ai pu savoir exactement en quel lieu les prisonniers, en les supposant sortis le 25 de la Roquette, auraient passé la nuit suivante et une partie de la journée du 26[7]. Quoiqu’il en soit, ce jour-là, entre cinq et six heures du soir, les habitants de Belleville les voyaient défiler dans la rue de Paris. Ils étaient précédés de tambours et de clairons marquant bruyamment une marche et entourés de gardes nationaux.

Ces fédérés appartenaient à divers bataillons : les plus nombreux faisaient partie d’un bataillon du XIe arrondissement et d’un bataillon du Ve. On remarquait surtout un grand nombre de bandits appartenant à ce qu’on nommait les Enfants perdus de Bergeret, troupe sinistre parmi ces hommes sinistres : c’est elle qui, selon tous les témoignages, a pris la part la plus active à ce qui va se passer.

Ainsi accompagnés, les otages montaient la rue de Paris parmi les huées et les injures de la foule. Quelques malheureuses femmes semblaient, en proie à une exaltation extraordinaire et se faisaient remarquer par des insultes plus furieuses et plus acharnées. Un groupe de gardes de Paris marchait en tête des otages, puis venaient des prêtres, puis un second groupe de gardes. Arrivé au sommet de la rue de Paris, ce triste cortège sembla hésiter un instant, puis tourna à droite et pénétra dans la rue Haxo.

Cette rue, surtout les terrains vagues qui sont aux abords de la cité Vincennes, était remplie d’une foule manifestant les plus violentes et les plus haineuses passions. Les otages la traversaient avec calme ; quelques-uns, surtout des prêtres, le visage meurtri et sanglant. Victimes et assassins pénétrèrent dans l’enclos.

Un cavalier qui suivait fit caracoler un instant son cheval aux applaudissements de la foule, et entra à son tour en s’écriant : « Voilà une bonne capture. Fusillez-les. » Avec lui, et lui serrant les mains, entra un homme jeune encore, élégamment vêtu. Ce misérable, qui paraissait être d’une éducation supérieure à celle de ceux qui l’entouraient, exerçait une certaine autorité sur la foule. Comme le premier, il suivait les otages, et comme lui il excitait la foule en s’écriant : « Oui, mes amis, courage, fusillez-les ! »

L’enclos était déjà occupé par les états-majors des diverses légions. Les otages et les bandits qui leur faisaient cortège achevèrent de le remplir. Très-peu de personnes, faisant partie de la foule massée aux alentours, purent pénétrer à l’intérieur. En tout cas, aucun témoin ne voulut m’avouer avoir vu ce qui s’était passé dans l’enclos.

Pendant dix minutes à un quart d’heure, on entendit du dehors des détonations sourdes, mêlées de cris tumultueux. Il paraît certain que les victimes, une fois poussées et parquées dans la tranchée dont j’ai parlé plus haut, furent assassinées en masse à coups de revolver par tous les misérables qui se trouvaient sur les lieux. On n’entendit que très-peu de coups de chassepots. Il y eut à la fin quelques détonations isolées, suivies de quelques instants de silence.

Un homme en blouse et en chapeau gris, portant un fusil en bandoulière, sortit alors du jardin. A sa vue, la foule applaudit avec transport ; de jeunes femmes vinrent lui presser les mains et lui frapper amicalement sur l’épaule : « Bravo ! bien travaillé, mon ami ! »

Les corps des cinquante-deux victimes furent jetés dans la cave : les prêtres d’abord, puis les gardes de Paris[8].

C’est de là, qu’avec beaucoup de peine et en prenant toutes les précautions qu’exigeait la salubrité publique, nous avons retiré tous les cadavres. Malgré l’état de putréfaction avancée dans lequel nous les avons trouvés, il nous a été possible de reconnaître la plupart des prêtres. De pauvres femmes arrivées dans la soirée, reconnurent les corps de quelques-uns des gendarmes et des gardes : leurs maris.

Nous fîmes transporter le soir à Paris les corps du père Olivaint, du père de Bengy, du père Caubert, tous les trois jésuites de la rue de Sèvres ; de M. l’abbé Planchat, directeur d’une maison d’orphelins à Charonne, et de M. Seigneret, jeune séminariste de Saint-Sulpice. Les autres corps ont été mis dans des cercueils et inhumés chrétiennement, soit par les membres de leurs familles, soit par les soins du clergé de Belleville.

En terminant, mon général, permettez-moi d’exprimer ma très-vive reconnaissance pour le concours ému et pieux que m’ont prêté tous les officiers et soldats avec lesquels ces tristes circonstances m’ont mis en relation. Je me permets aussi de signaler à votre attention le dévouement exceptionnel des militaires dont je joins les noms à ce rapport.

Veuillez, mon général, agréer l’hommage de mon profond respect.

Votre très-humble serviteur,

A. ESCALLE,

Aumônier militaire, chargé du service
religieux du 1er corps.

Quartier général du 1er corps de l’armée de Versailles, Paris, 3 juin 1871.

 



[1] « Cela n’est-il pas caché près de moi, scellé dans mes trésors ? »(Deut, XXXII, 34) [ndlr]

[2] C’était le R. P. Houillon, des Missions étrangères.

[3] M. l’abbé Bayle, vicaire général, et M, l’abbé Petit, secrétaire général de l’archevêché.

[4] Les épithètes de canaille, de crapule étaient celles qui revenaient le plus souvent sur les lèvres de ces misérables et dont ils poursuivirent jusqu’à la fin les illustres victimes. L’un des assassins fut lui-même révolté par ces injures et dit brusquement « qu’ils n’étaient pas là pour eng... les prêtres, mais pour les fusiller. » Le père Ducoudray avait ouvert sa soutane sur sa poitrine pour se communier, car plusieurs prêtres portaient sur eux la Sainte Eucharistie. Ces détails paraissent certains.

[5] M. l’abbé Thévenot, jeune séminariste plein de dévouement et de bravoure, qui accompagnait comme infirmier la division Bruat. M. l’abbé Lacroix, vicaire à Billancourt, qui demanda à se joindre à nous quand nous commencions les fouilles, et quelques soldats d’infanterie de marine.

[6]J’ai pris ces chiffres sur le carnet du gardien de la prison qui a fait l’appel des otages. En réalité, onze ecclésiastiques, trente-sept gardes de Paris et quatre otages civils ont été massacrés à la Roquette. La circonstance que la plupart des prêtres étaient vêtus en laïques explique l’erreur des gardiens de la prison quant à la qualité des otages. Quant au nombre, je crois que cinquante seulement sont sortis de la Roquette. Il peut se faire que deux malheureux prisonniers aient été adjoints aux otages de la Roquette, soit à la mairie de Belleville, soit au quartier général de la rue Haxo.

[7] Les dépositions orales des gardiens de la prison de la Roquette me donnaient unanimement cette date du jeudi 25. Elle est maintenue dans une lettre écrite par l’un deux et citée dans le Figaro du 2 juin. Les otages délivrés parlent, au contraire, du 26. J’ai sous les yeux le journal de l’un d’eux, d’après lequel il se serait entretenu avec différentes victimes dans la matinée du vendredi. Il ne paraît pas d’ailleurs que les victimes soient sorties de la Roquette en deux groupes séparés. Je n’ai su comment concilier ces versions différentes de ce qui parait être un même fait.

[8] Voici les noms de ces cinquante-deux otages.

Ecclésiastiques :

Les pères Olivaint, Caubert, de Bengy, tous trois de la Compagnie de Jésus. Les pères Radigue, Tuffler, Rouchouze, Tardieu, de la Maison de Picpus. MM. Planchat, Sabatier, Benoit, Seigneret, du clergé de Paris ; le dernier, jeune séminariste de Saint-Sulpice.

Gardes de Paris et gendarmes :

MM. Bermond, Biollan, Breton, Burlotti, Bianchardini, Bodin, Bellamy, Carlotti, Chapuis, Cousin, Colombain, Coudeville, Ducros, Dupré, Doublet, Fischer, Fourès, Geanty, Cavodct, Keller, Mannoni, Marchetti, Marguerite, Marty, Mouillie, Mougenot, Millotte, Poirot, Paul, Pons, Pauly, Pourtot, Riolland, Valder, Vallette, Villemin, Weiss.

Les otages civils étaient :

MM. Deverte, Largillière, Ruault et Greff.

30/11/2014

A propos d'une fausse relique

Nous donnons ici un court texte d'E. Misset - et à titre anecdotique - au sujet de la prétendue port N°21 de la prison de Mazas qu'aurait occupé Mgr Darboy, avant son transfert à la prison de la grande Roquette. Il s'agit d'une enquête méticuleuse et fort bien menée.

Au-delà de l'anecdote, ce texte présente un double intérêt : 
1. Il restitue quelles étaient les conditions de détention à Mazas et en quoi pouvait consister la vie quotidienne des otages.

2. Il montre quelles sortes d'histoires étaient véhiculées à l'époque où le discernement cédait souvent la place à l'empressement. Le mérite de l'auteur est de garder la tête froide et de restituer les faits dans leur rigueur sèche.

Fausse Relique.jpg

 

LA PORTE 21, 1ère DIVISION

 

OFFERTE PAR

M. LE CHANOINE CLEMENT

A SA GRANDEUR

MGR TURINAZ

 

I

Sitôt que la démolition de Mazas fut décidée, M. le chanoine Clément, directeur de l’école Gerson, résolut d’acheter la porte de la cellule où Mgr Darboy avait été enfermé en 1871. C’était une pieuse pensée. En conséquence, il dépêchait à la prison, dès le 30 juillet, à la première heure, exactement à sept heures du matin, un représentant de la maison Guy (51, avenue de Villiers) pour « faire livrer à l’école Gerson, 31, rue de la Pompe, la porte 21, première division. »

M. le chanoine Clément devança ainsi tous ses concurrents, même Son Eminence. Pour avoir fait vite, il avait fait vite.

Il commanda également ce même jour les portes :

11, troisième division ;

19, troisième division ;

21 , troisième division ;

30, troisième division.

Le mercredi 3 août, il commanda en outre les portes :

9, troisième division

et 23, troisième division.

Non content d’acheter vite, il voulait acheter beaucoup. Sans doute toutes ses demandes ne purent pas être satisfaites. Mais il eut livraison de la porte 21, première division. C’était pour lui l’important.

Aussitôt le Figaro du 3 août, dans un entrefilet évidemment communiqué, enregistra l’acquisition de la cellule de Mgr Darboy par l’école Gerson. Le Gaulois du 4 août imprima de son côté :laporte de la cellule de Mgr Darboy a été acquise par l’école Gerson, à Passy. Et M. le chanoine Clément put écrire, non sans quelque satisfaction, à la date du 3 août :« J’ai offert au cardinal de Parislaporte de Mgr Darboy. »

Ces premiers jours d’août furent des jours de gloire pour la porte 21, première division. Elle était la seule, l’unique, l’indiscutée. Elle triomphait sans conteste, et le nom de son heureux acquéreur était répété par toutes les feuilles publiques. Ce triomphe, hélas !devait être éphémère.

Le 10 août, M. l’abbé Odelin, vicaire général de Paris, s’aperçut en effet, fort à propos, que la porte offerte à Son Eminence était — comment dirai-je ? — d’une authenticité plutôt approximative. A la suite d’une conversation avec un ancien otage, M. l’abbé Delfau, second vicaire de Saint-Augustin (je le tiens de M. Delfau lui-même) il obtint la certitude que Mgr Darboy avait été enfermé, non pas dans la première division, mais dans la sixième. Cette découverte préliminaire, relativement facile et grave, en amena une seconde beaucoup plus importante. Sur les indications de M. Delfau, M. Odelin alla trouver l’ancien médecin de Mazas, le vénérable M. de Beauvais, qui a visité si souvent Mgr Darboy dans sa cellule et qui a conservé, avec la lucidité parfaite de ses souvenirs, des notes extrêmement précieuses, contemporaines des événements. M. Odelin obtint ainsi (je ne crains pas d’être contredit) le numéro exact de la cellule de l’Archevêque. C’était le n° 62. En conséquence, le cardinal Richard, à qui la porte 21, première division, avait été gracieusement offerte sept jours auparavant (ainsi que nous l’avons dit) acheta la porte 62, sixième division, et rendit à son premier et légitime propriétaire, à M. le chanoine Clément, la libre « disposition » de la porte 21, première division.

Ce fut un rude coup pour la porte 21. Ses beaux jours étaient passés. Elle avait une rivale.

Sans doute, on ne dit pas en haut lieu à M. le chanoine Clément :« Votre porte est fausse, nous en sommes sûrs, gardez-la. » On était certain de l’authenticité de la porte 62 ; on n’avait ni à contester ni à démontrer celle de la porte 21. Ce soin incombait tout entier à M. le Chanoine et à sa perspicacité.

A ce moment, en effet, il fallait opter entre deux systèmes. L’un était radical et net : déclarer fausse, ou tout au moins douteuse, la porte 21, première division, et n’en plus parler. C’était, croyons-nous, le seul acceptable en l’occurrence, car une relique douteuse n’est pas une relique, et, lorsqu’il s’agit d’une porte de prison, le douteux confine à l’horrible.

M. le chanoine Clément préféra prendre un biais. (Les biais ont quelquefois du bon... — pas toujours, malheureusement !) Il se dit :« L’Archevêché a une porte qui est certainement authentique. Mais, moi aussi, j’ai une porte, achetée avant celle de l’Archevêché. Pourquoi ma porte ne serait-elle pas authentique aussi ? Pourquoi Mgr Darboy n’aurait-il pas occupé deux cellules à Mazas ? J’ai lu « dans la Vie du Prélat » que son médecin avait dû le faire transporter de sa cellule primitive dans une cellule « plus large et mieux aérée. » — Voilà l’affaire. Je possède la porte de la cellule moins large ;l’Archevêché, celle de la cellule plus, large. C’est évident. »

On reconnaîtra sans peine, avec moi, qu’avant de prendre une conclusion ferme, surtout dans une matière aussi délicate, il eût été élémentaire d’interroger sur ce point M. de Beauvais, ainsi que l’avait fait M. Odelin avec tant de succès. Mais, hélas ! M. le chanoine Clément n’y pensa pas ; ou, s’il y pensa, il ne le fit pas ; ou, s’il le fit, il passa outre.

Il conclut donc résolument de l’existence d’une double porte à l’existence d’une double cellule. Et aussitôt les journaux qui, dix jours auparavant, parlaient de la cellule unique de Mgr Darboy, achetée par M. le chanoine Clément et par l’école Gerson, parlèrent, comme par enchantement, de la double cellule du Prélat. C’était habile. Etait-ce vrai ?

Nousavons dit, imprimait le Gaulois, à la date du 15 août, que le cardinal Richard avait manifesté l’intention d’acquérir les portes des cellules qui furent occupées à la prison de Mazas, pendant la Commune, par Mgr Darboy et par l’abbé Deguerry, et que cette dernière seule avait pu lui être réservée, la première ayant été acquise par l’école Gerson.

Depuis lors y MgrRichard a pu acquérir la certitude que Mgr Darboy n’a fait qu’un très court séjour dans la cellule 21 de la première division — celle que l’école Gerson a achetée — et qu’il occupa beaucoup plus longtemps la cellule 62 de la sixième division. En conséquence, le cardinal Richard a acheté la porte de la cellule 62 de la sixième division.

La note est identique pour le fond dans le Figaro du 15 août.

Quand le terrain fut ainsi préparé, M. le chanoine Clément prit un grand parti. On avait refusé sa porte à Paris ; il résolut de la faire accepter en province et de l’offrir à Sa Grandeur MgrTurinaz, évêque de Nancy.

A la date du 17 août, il lui écrivit une lettre dont voici le début :

 

Monseigneur,

On a découvert qu’il y eut à Mazas deux cellules occupées successivement par Monseigneur Darboy. — M. le Chanoine, on le voit, pose en axiome ce qui est précisément en discussion. — Il continue :La première, celle dont j’ai les débris, était proprement la cellule du condamné. M. le Chanoine oublie qu’il n’y avait pas de condamnés à Mazas, mais seulement des prévenus, et, dans la circonstance, des otages. Il poursuit en racontant (non sans y mettre quelques formes) qu’il a offert sa porte 21 à l’Archevêché et que M. Odelin, de la part de Son Eminence, lui a rendu la libre « disposition » de sa porte 21. C’est, conclut-il, ce qui m’a permis de l’offrir à Votre Grandeur. Je vais la faire emballer et expédier à Nancy. Je ne doute pas que notre Cardinal ne soit heureux de la savoir en votre possession. Et moi, il me sera agréable d’avoir procuré à mon diocèse d’origine cet émouvant et suggestif souvenir.

Les lecteurs à qui ces fragments donneraient le désir de lire la lettre entière la trouveront dans la Semaine religieuse de Nancy et de Toul, n° du 27 août, p. 784.

MgrTurinaz, confiant dans le sens critique de M. le Chanoine, n’eut pas une ombre d’hésitation. Sa Semaine religieuse nous dit en effet :Monseigneur l’Evêque s’est empressé d’accepter ce triste, mais précieux souvenir. Elle poursuit :Les diocésains de Nancy seront reconnaissants de la délicate initiative qui codifie à leur garde respectueusecette porte derrière laquelle leur ancien Evêque et l’illustre victime de la Commune se prépara au sacrifice. L’article se termine par cette promesse :Nous dirons plus tard où cette porte sera conservée. (27 août.)

Ouvrons maintenant la Semaine du 3 septembre. Nous y lisons :

Cette porte est parvenue à l’Evêché le 26 août. Monseigneur l’Evêque l’a fait transporter dans une des sacristies de la cathédrale, ou l’on s’occupe de lui trouver une place définitive[1]. (page 807.)

Hélas !ce n’est pas dans une sacristie de cathédrale que doit « définitivement » trouver place, j’en ai peur, la porte 21 de la première division. Mgr Darboy, l’« illustre victime de la Commune, » ne s’est jamais « préparé à aucun sacrifice derrière cette porte. » Et « ce pieux, ce triste, cet émouvant, ce suggestif souvenir » n’est en réalité (nous allons le démontrer) qu’un bois sans valeur et sans authenticité.

 

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II

Nous demanderons nos preuves, non pas à des ouvrages de seconde main, mais uniquement à des témoins oculaires. Les principaux sont : l’abbé Crozes , ancien aumônier de la Roquette, otage ; il est mort, mais il a laissé des Mémoires[2]. Mgr Déchelette, aujourd’hui vicaire général de Lyon, otage ; il a publié les Souvenirs de sa captivité. M. l’abbé Delfau, second vicaire de Saint-Augustin, otage ; il a tenu pendant sa détention un journal personnel qui lui a permis de me donner une date très importante et très précise. Enfin, le médecin si dévoué de Sa Grandeur à Mazas, aujourd’hui médecin en chef de la Santé, M. le docteur de Beauvais.

Tous ces témoins nous diront que, depuis le premier jour de sa détention jusqu’au dernier, Mgr Darboy fut dans la sixième division. Il y était le 22 mai, les 12, 11 et 10 mai, le 29 avril, le 13 avril et, enfin, le 7 avril au matin. Etant donné qu’il est entré à Mazas le 6 avril au soir et qu’il en est sorti le 22 mai, que peut-on souhaiter de plus ?

Précisons.

Où était Mgr Darboy, le dernier jour de sa détention à Mazas, le jour de son transfert à la Roquette, c’est-à-dire le 22 mai ?

L’abbé Crozes va nous répondre. Grâce au capitaine fédéré Révol, il resta à Mazas le 22 mai, lors du transfert des otages : ce qui lui sauva la vie. « Je m’approche, dit-il,du guichet de ma porte et je regarde par le petit judas... et bientôt je vois passer successivement devant moi les otages de mon corridor (c’est-à-dire de ma division) Mgr Darboy, Mgr Surat, M, Deguerry, M. Bonjean[3], etc. (3° édition, p. 41 ). Or, l’abbé Crozes occupait à Mazas la cellule n° 8 de la sixième division. Il nous le dit lui-même, p. 29. Si donc il a vu passer devant lui, le 22 mai, Mgr Darboy (étant donné que la disposition ‘de Mazas, en éventail, empêchait un prisonnier de sortir autrement que par sa propre division) il faut que Mgr Darboy ait été dans la même division que l’abbé Crozes ; il faut qu’il ait été dans la sixième division.Que vaut, pour cette date, une porte quelconque de la première division ?que vaut la porte 21 ? — Rien.

Remontons. Où était Mgr Darboy dans les premiers jours de mai, du 10 au 12 mai en particulier ?

A cette époque, nous dit encore l’abbé Crozes, le citoyen Miot, membre de la Commune, obtenait du directeur Garreau,pour les otages seulement de ma division, de se promener deux ensemble dans les grands promenoirs de faveur. Ce fut alors que j’eus l’honneur et la consolation de quelques promenades solitaires avec Mgrl’Archevêque. (3eédition, page 33.) EtM.Deguerry,le vénérable curé delà Madeleine, dans une lettre à M. Thiers, datée de Mazas, le 12 mai, précise le témoignage de M. Crozes :La promenade, dit-il, nous étant toléréependant une heure depuis quelques jours[4] ;je viens d’apprendre de Mgr l’Archevêque qu’il est question de l’échanger contre Blanqui. (Mgr Foulon, page 630.) Si l’autorisation de se promener deux à deux fut accordée « seulement » aux otages de la sixième division ; si l’abbé Crozes qui occupait le n° 8 de la sixième division, a pu se promener avecMgrDarboy ;siM. Deguerry qui occupait le n° 68 de celte même division a joui de la même faveur, c’est donc que MgrDarboy occupait alors une cellule de la sixième division. — Que vaut pour les premiers jours de mai, que vaut pour le 12, le 11, le 10 mai une porte quelconque de la première division ?Que vaut la porte 21 ? — Rien.

Remontons plus haut encore, et arrivons au 29 avril. Où était à cette date MgrDarboy ?

Ce n’est pas cette fois l’abbé Crozes, c’est M. l’abbé Delfau qui va nous répondre. Il occupait à Mazas la cellule 25, 3edivision. Or, le samedi 29 avril (son journal permet de préciser la date) M. Delfau était souffrant. Il reçut, à 10 heures du matin, la visite du médecin, M. de Beauvais, qui lui dit :« Je pourrais bien vous faire transporter dans la sixième division, section de l’infirmerie, où se trouve Monseigneur... Mais, réflexion faite, restez ici. » Donc, le 29 avril, à 10 heures du matin. Mgr Darboy était dans la sixième division. Que vaut pour cette date la porte 21 ? — Rien.

Du 29 avril, remontons au 13. Ce jour-là un otage dont M. le chanoine Clément a, je crois, acheté la porte et dont il ne récusera pas, à coup sûr, le témoignage, Mgr Déchelette, vicaire général de Lyon, arrivait à Mazas comme simple séminariste, et était installé, non loin de M. l’abbé Delfau, au 21, 3edivision. Il nous dit en toutes lettres dans ses Souvenirs :« Nous fûmes placés dans la troisième division. Mgr l’Archevêque, M. Bonjean et plusieurs autres otages occupaient la sixième. » (page 20.) — Que vaut donc pour le 13 avril la porte 21, première division ? — Rien.

Remontons encore, et arrivons à la première journée de la détention de Mgr Darboy à Mazas, c’est-à-dire au 7 avril dans la matinée[5]. Nous sommes ici au cœur même de la question et il est important d’être très précis.

MgrDarboy arriva à Mazas, en compagnie de M. Bonjean, à la nuit close, le 6 avril. Il avait probablement dîné au Dépôt. Son premier repas à Mazas eut donc lieu le lendemain, 7, à l’heure ordinaire de la prison, c’est-à-dire vers 10 ou 11 heures. Or, écoutons l’abbé Crozes :Dès le premier repas qu’il fît à Mazas, Mgr Darboy vit bien que la personne qui veillait sur lui était là. (Il s’agit de Mme Coré, qui fut si dévouée à Sa Grandeur.) L’abbé Crozes poursuit :Il envoya un billet à M. Bonjean,son voisin, pour lui demander s’il avait reçu, comme à l’ordinaire, son repas du dehors. (3° édition, p. 143.) Quel que soit le sens qu’il convienne d’attribuer ici au mot « voisin », il nous indique, au minimum, que M. Bonjean et Mgr Darboy étaient dans la même division. Or, où était située la cellule de M. Bonjean ? Aucun doute n’est possible. Elle était située au numéro 14 de la sixième division, La famille de M. Bonjean, lors de la démolition de Mazas, en a pieusement fait acheter la porte et les barreaux. Cela étant, que vaut pour le 7 avril, une porte quelconque de la première division ?que vaut la porte 21 de M. le chanoine Clément et de MgrTurinaz ? — Rien . Elle ne vaut rien pour le 7 avril, rien pour le 13 avril, rien pour le 29 avril, rien pour les 10, 11, et 12 mai, rien pour le 22 mai. C’est M. Crozes, M. Deguerry, M. Delfau, Mgr Déchelette qui nous l’affirment. Voilà une porte bien compromise !

Ce n’est pas M. de Beauvais qui consentira, je le crains, à lui refaire une authenticité ! Et cependant c’est le nom de M. de Beauvais que les partisans d’une double cellule ont mis résolument en avant. Voici en effet le passage textuel de Mgr Foulon dans sa Vie de MgrDarboy :

La santé de Monseigneur, déjà si délicate, était fortement ébranlée, et même le mal avait fait de tels ravages que le médecin en chef de la prison, M. de Beauvais, dut intervenir et déclarer aux geôliers de F Archevêque que, s’ils ne le plaçaient pas dans une autre cellule et s’ils ne luipermettaient pas de suivre un autre régime que celui de Mazas, dans quinze jours ils n’auraient plus entre les mains qu’un cadavre. Cette perspective fit réfléchir les délégués dela Commune. Monseigneur fut donc transféré da ?îs une cellule plus large et mieux aérée. (p. 547.)

C’est bien ce passage, c’est bien cette intervention de M. de Beauvais en faveur de Mgr Darboy « malade » qu’invoque M. le chanoine Clément, pour recommander sa porte 21, dans sa lettre d’envoi à MgrTurinaz :

« M. l’abbé Odelin, affirme-t-il (avec trop de modestie, je crois), a découvert que MgrDarboy, tombé malade, avait été transféré de sa cellule, qui était celle de tous les prisonniers, dans une autre plus vaste. » La découverte, si tant est qu’une erreur puisse s’appeler une découverte, doit avoir un tout autre auteur que M. l’abbé Odelin. Is fecitcuiprodest. Elle est indispensable à M. le chanoine Clément pour sa porte 21. Elle est au contraire très compromettante pour M.Odelin. Quelle porte en effet ce dernier a-t-il achetée ?— La porte de la cellule 62, sixième division. Or, cette cellule était-elle « plus large, plus vaste, mieux aérée » que les autres ? — Non. Je l’ai vue, je l’ai mesurée, j’en ai fait desceller les barreaux : c’était une cellule ordinaire[6], et, pour parler comme M. le Chanoine « celle de tous les prisonniers. » M. Odelin ne me contredira pas.

La question, on le voit, se simplifie de plus en plus et se resserre. M. de Beauvais a-t-il, oui ou non, demandé et obtenu pour MgrDarboy « malade » un changement de cellule ?Tout est là.

Or, grâce à Dieu, M. de Beauvais est vivant. Rien n’est donc plus simple que de l’interroger. C’est ce que j’ai fait. Et, pour ne rien laisser d’imprécis et de vague à mon interview, je lui ai posé respectueusement les simples questions suivantes que j’avais rédigées par écrit :

1° Avez-vous visité Mgr Darboy dans la cellule 21, première division ? — Réponse :Non.

2° L’avez-vous fait changer de division, comme l’affirme Mgr Foulon, et, après lui, M. le chanoine Clément ? — Réponse :Non.

3° L’avez-vous trouvé, lors de votre première visite, dans la cellule 62, sixième division ? — Réponse :Oui ; je l’ai visité fréquemment dans cette cellule, et uniquement dans cette cellule : mes notes en font foi. J’ai vu ces notes.

4° A quelle date l’avez-vous visité pour la première fois ? — Réponse :Certainement dans le courant d’avril.

Est-ce que M. le chanoine Clément n’aurait pas posé par lettre, h la date du 10 octobre, à M. de Beauvais lui-même, des questions à peu près identiques ? Est-ce qu’il n’aurait pas reçu identiquement les mêmes réponses ?

Or ces quatre réponses, nettes, précises, catégoriques, tranchent à tout jamais la question. Si je les ai mal reproduites, qu’on les réfute. Si je les ai bien reproduites — et j’en ai la certitude — elles ont une force contre laquelle on se débattra vainement. Elles sont d’ailleurs corroborées par les souvenirs non moins nets, non moins précis, non moins catégoriques du gardien Pellé, qui fut de service à Mazas en 1871, précisément dans la division de Monseigneur, et qui est aujourd’hui premier gardien à la Santé :« Sa Grandeur, m’a-t-il dit, n’a jamais été qu’à la sixième division et au n° 62. » Elles donnent toute leur valeur aux affirmations de l’abbé Crozes, de l’abbé Deguerry, de l’abbé Delfau, de MgrDéchelette. Elles mettent à néant l’authenticité de la porte 21, première division. C’est désagréable pour M le chanoine Clément et regrettable pour MgrTurinaz. Mais qu’y faire ?

Le lecteur se demandera peut-être comment une erreur de cette envergure a pu prendre naissance et d’où provient le n° 21. Je me le suis demandé moi-même et je suis arrivé à la conjecture que voici : On lit dans une petite brochure sans valeur, signée Ordioni et publiée en 1871, que « MgrDarboy occupait la cellule 21. » Mais Ordioni parlait de la Roquette, et d’ailleurs il faisait erreur, car, à la Roquette, au moment de l’appel des condamnés, MgrDarboy occupait, non pas la cellule 21, mais la cellule 23[7]. N’est-ce pas cette erreur primitive qui aurait ricoché de la Roquette à Mazas, et finalement d’Ordionià M. le chanoine Clément ? Je pose la question ; je ne la résous pas.

Et maintenant, que vont faire les Nancéens du « triste et précieux souvenir qu’une délicate initiative avait confié àleur garde respectueuse ? Quelle place définitive vont-ils lui trouver ? Je l’ignore. En tous cas veulent-ils me permettre, à moi aussi, une « délicate initiative ? » Je possède (comme le journal l’Universl’a annoncé, le 10 octobre dernier) bien et dûment authentiqués, les barreaux en fer de la cellule 62, sixième division, c’est-à-dire de la seule, de l’unique cellule de Mgr Darboy à Mazas[8]. Je les offre aujourd’hui respectueusement à MgrTurinaz. Delà sorte la porte authentique serait à Paris, les barreaux authentiques seraient à Nancy. Et moi, il me serait agréable d’avoir procuré, au diocèse d’origine de M. le chanoine Clément, cet émouvant et suggestif souvenir. Puisse mon offre être acceptée, et ma Jeanne d’Arc Champenoise ne pas trop nuire à mes barreaux !

Paris, 21 octobre 1898.

 



[1]A la date du 31 août, le Figaro publia cette note, à peine française, et remplie d’erreurs qui ne peuvent être qu’involontaires :

M. le chanoine Clément, directeur de l’école Gerson, qui avait acheté laporte de la cellule de Mazas on fut enfermé, après son arrestation pendant la Commune, Mgr Darboy, archevêque de Paris, vientde l’offrir au cardinal Richard. — C’est faux. L’offre avait eu lieu le 3 août, 28 jours auparavant.

Mais Son Eminenceétant déjà en possessionde la porte d’une autrecellule où Mgr Darboy serait demeuré enfermé pendant plus longtemps, si l’on s’en rapporte ( ?) à l’enquête faite par M. l’abbé Odelin, ainsi que le Figaro l’a annoncé, a décliné cette offre gracieuse. — C’est faux et mal dit. Son Eminence a acheté la porte 62 sept jours après que M. le chanoine Clément lui avait « gracieusement » offert sa porte 21.

En conséquence, poursuit le Figaro, M. le chanoine a fait hommage de la précieuse relique dont il est possesseur, à Mgr Turinaz, évêque de Nancy, diocèse d’où il est originaire. — A part la précieuse relique, c’est vrai.

[2]Episode communal, l’abbé Crozes, otage de la Commune, 3e édition, 1873.

[3]Mgr Darboy était au 62, Mgr Surat au 53, M. Deguerry au 68 et M. Bonjean au 14.

[4]L’expression depuis quelques jours indique au minimum deux jours. La lettre étant du 12, prouve ainsi certainement pour le 10.

[5]M. Washburne, ministre des Etats-Unis à Paris, écrivit à M. Fish, en date du 2 mai : Dimanche dernier (c’est-à-dire le 30 avril) une bande de gardes nationaux s’est dirigée sur la prison Mazas, avec le projet avoué de fusiller l’Archevêque ...Les gardiens ordinaires de la prison ont eu les plus vives alarmes ; il ont fait changer l’Archevêque de cellule et l’ont mis dans une autre partie de la prison. (Maxime du Camp, les Convulsions de Paris, sixième édition, in-i2, t. 1, p. 373.) Il s’agit ici évidemment d’un transfert momentané, de quelques heures sans doute, hors de la sixième division, puisque Monseigneur était dans la sixième, d’après M. Delfau, le samedi 29. Il ne peut en aucune façon être ici question d’un transfert de la première division dans la sixième, ni’ d’un transfert définitif hors de la sixième, puisqu’au 10 mai environ, d’après M. Deguerry, Mgr Darboy avait réintégré la sixième division.

[6]D’après M. Washburne (lettre du 23 avril i871) cette cellule avait six pieds de large. C’est exactement la largeur donnée par le correspondant du Times à la cellule de M. Bonjean (1er mai 1871). Or, la cellule de M. Bonjean n’a jamais passé pour une cellule de faveur.

[7]Cf. Maxime du Camp, Convulsions de Paris, sixième édition, in-12, p. 253 et 261. Mgr Darboy occupa à la Roquette le n° 1, et le n° 23, qui lui fut cédé par M. de Marsy.

[8]Je possède également les attaches en fer du hamac. Mais elles n’ont jamais servi à Monseigneur. Sa cellule, comme la plupart des cellules de la sixième division, avait un lit en 1871.