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08/11/2014

Curiosité

Dans l’édition de 1878 du fameux guide Baedeker on trouve, à la fin du chapitre 16, consacré au Cimetière du Père Lachaise, un bref récit des massacres de la Roquette et de la Rue Haxo :

Baedeker Paris 1878.jpg

 

« La prison de la Roquette a été le théâtre de l’un des crimes les plus abominables des communards, en 1871. Dans la soirée du 24 mai, Ferré, le « délégué à la sûreté » et le soi-disant préfet de police, qui avait le matin même mis le feu à la Préfecture (p. 224), se présenta à la prison, et annonça l’intention de la Commune d’user de représailles pour la mort de six des siens tués par les troupes, en faisant fusiller six des otages détenus dans cette prison. Les victimes choisies furent Mgr. Darboy, le vénérable archevêque de Paris:, le président Bonjean, l’abbé Allard, le père Ducoudray, supérieur de l’école Ste-Geneviève ; le père Clerc et l’abbé Deguerry, curé de la Madeleine. Ces hommes, entièrement innocents et inoffensifs, furent grossièrement insultés par les gardes nationaux et conduits dans le préau, en face de l’infirmerie de la prison, où ils furent immédiatement fusillés. Les 26 et 27 mai, 87 personnes emprisonnées à la Roquette sous différents prétextes y furent également fusillées, et la nuit du 26, 28 gendarmes en furent extraits et conduits au Père-Lachaise, où ils partagèrent le même sort. Dans l’après-midi du 27, Ferré mit en liberté tous les condamnés que renfermait la prison et leur fit donner des armes. Alors commença un massacre général de ceux qui avaient été emprisonnées par la Commune, parmi lesquels périrent de nouveau 70 gendarmes. L’approche des troupes mit heureusement fin à ces massacres. » (p. 203)

 

In Paris et ses environs avec les principaux itinéraires entre les pays limitrophes de la France et Paris : manuel du voyageur (5e éd. revue et augmentée), par Karl Baedeker, Leipzig, K. Baedeker, 1878, 1 vol. (XXII-363-22 p.) : 2 cartes, 9 plans ; in-16.

Disponible sur Gallica : identifiant : ark:/12148/bpt6k5401593n

 

 

04/11/2014

Le Livret des prêtres

Identifiant : ark:/12148/cb32838064t/date

Source : Bibliothèque nationale de France, département Philosophie, histoire, sciences de l’homme, 8-R-20136

Relation : http://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb32838064t

Provenance : bnf.fr


 

 

Petite revue.jpg

LE LIVRET DES PRÊTRES

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Pour répondre aux attaques de jour en jour plus acharnées des ennemis du prêtre bornons-nous à publier la liste suivante.

Bien qu’elle ne constitue qu’une simple page du livre d’honneur du clergé français, elle a son éloquence, et prouvera que le prêtre, le moment venu, sait faire son devoir héroïquement.

— Le curé de Gunstett, fusillé pour n’avoir pas voulu servir de guide à l’ennemi.

— L’abbé Henri Gros, aumônier militaire du 6ebataillon des mobiles de la Seine, tué, à sa place de bataille, au plateau d’Avron.

— L’abbé Fouqueray, tué parmi les zouaves pontificaux, en gravissant avec eux, sous la mitraille, les pentes du plateau d’Auvours.

— L’abbé Allard, blessé à Buzenval, pendant qu’une canne à la main, il entraînait, au feu les soldats de son bataillon, en leur criant « Allons, mes amis, en avant, et vive la France ! »

— Le curé de Moigny, attaché par les poignets, et traîné par deux uhlans au galop de leurs chevaux, sur la route, pour avoir appelé aux armes une troupe de francs-tireurs et les avoir conduits dans une position favorable au combat.

— L’abbé Cor, curé d’un village des Ardennes, lié à la queue d’un cheval, traîné sur les chemins et abandonné dans un fossé, pour avoir guidé la marche de l’armée française.

— L’abbé Frérot, percé de deux coups de baïonnette pendant qu’il donnait a un soldat mourant les secours de la religion.

— Le curé de Bue, frappé et condamné à être pendu pour avoir refusé d’indiquer à un général prussien la direction prise par l’armée de l’Est.

— Le curé des Horties, venant remplacer, en face du peloton d’exécution, un des six paysans condamnés à être fusillés dans sa paroisse.

— L’abbé Le Goaves, aumônier des mobilisés du Finistère, tué sur le champ de bataille en soignant un blessé.

— L’abbé Miroy, fusillé prés de Reims, par les Prussiens, pour avoir commis « le crime de trahison envers les troupes de Sa Majesté prussienne. »

— L’abbé Valter, fusillé pour le même crime.

— L’abbé Wurtz, fusillé pour le même crime.

— L’abbé Ravaud, fusillé pour le même crime.

— L’abbé liées, fusillé pour le même crime.

— L’abbé Michel, vicaire de Bois Colombes, frappé à Buzenval d’une balle en pleine poitrine, et laissé pour mort sur le champ de bataille. Décoré de la Légion d’honneur.

— L’abbé Blanc, près de Vitry-sur-Seine, électrisant par ses paroles un bataillon de mobiles de l’Indre, qui, après avoir reçu sa bénédiction à genoux, prit à la baïonnette la Maison-Blanche ; blessé mortellement, l’abbé Blanc crie a ses moblots :« Ne faites pas attention, mes enfants ; en avant pour In Patrie ! »

— Le P. Mercier, dominicain, frappé de quatre coups de feu Ôû combat de Villers-Bretonneux, et décoré pour son courage, sur, la proposition du général Faidherbe.

— Le P. Jouin, Dominicain, décoré pour sa bravoure pendant la campagne de l’armée du Nord.

— Le P. Chavagne, Mariste, aumônier des mobiles du Puy-de-Dôme, décoré pour action d’éclat.

— Le P. Briant, Oblat, félicité devant les troupes pour avoir sauvé, au combat de Fréteval, une partie de son bataillon.

— Le P. de Damas, Jésuite, blessé à Belfort en assistant les soldats aux avants-postes.

— Le P. Vauttier, Jésuite, accompagnant une batterie pendantla bataille de Pont-Noyelles, animant et retenant par ses exhortations les artilleurs prêts à quitter la position.

— Le P. de Rochemonteix, Jésuite, frappé d’un coup de sabre et fait prisonnier sous Orléans, pendant qu’il ramassait un blessé, puis s’évadant et allant mourir au Mans parmi les soldats varioleux qu’il y soigna.

— Le P. Alexis Clerc, Jésuite, ancien lieutenant de vaisseau, courant parmi les tirailleurs recueillir les blessés dans les combats de Champigny et de Bagneux.

— Le P. Noury, Jésuite, traversant les lignes prussiennes pour aller renseigner la délégation de Tours sur les positions occupées par l’ennemi autour de Versailles.

— Le P. Taugny, Jésuite, ramenant au feu une compagnie de mobiles qui se débandaient et enlevant avec eux un poste prussien ; blessé deux fois en vingt jours ; mort des souffrances endurées pendant la guerre, etc., etc.

 

Tous ces traits d’héroïsme patriotique et chrétien, n’ont trait qu’à la guerre de 1870. Ils ne forment pour ainsi dire qu’un bien faible alinéa au livre d’or du clergé catholique. 

02/11/2014

une autre recension du livre sur le Père Clerc

Nous publions ci-après une recension de l’ouvrage sur le Père Alexis Clerc, par le R.P. Charles Daniel. Cette recension fut publié dans le numéro de mai 1896, de L’Université Catholique, revue mensuelle publiée sous la direction d’un Comité de Proviseurs des Facultés Catholiques de Lyon. (Nouvelle Série – Tome XXII. 15 mai – 13 août 1896).

 

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1. Questions actuelles. – Religion, philosophie, histoire, art et littérature, par le R. P. Ch. Daniel,fondateur des Etudes religieuses. Précédées d’une notice et d’une introduction par les RR. PP. Mercier et Fontaine, S. J. 1896. 1 vol. in—8 de 489 pp. Paris et Poitiers, H. Oudin.

2. Alexis Clerc, marin, jésuite et otage de la commune, fusillé à la Roquette le 24 mai 1871. Simple biographie, par le R. P. Ch. Daniel, de la Compagnie de Jésus. 1895. 1 vol. in-12 de viii-496 pp. Paris, Téqui.

 

1. Le nom du P. Charles Daniel n’est pas encore oublié. Bien que des infirmités douloureuses l’aient condamné, à la fin de sa vie, à une inaction forcée, et lui aient fait rompre brusquement toute relation avec le monde, il a joué un rôle trop considérable pour que sa mémoire s’éteigne si vite, même à une époque où les préoccupations d’hier disparaissent si facilement devant les intérêts d’aujourd’hui. Il reste toujours le fondateur des Études religieuses, et son rédacteur le plus goûté de lapremière heure. Comme son activité a été en partie absorbée par des articles de revues, on pouvait craindre qu’elle n’eût plus d’influence sur les lecteurs d’à présent, qui ne songeraient guère à aller chercher ces études dans les collections où elles étaient enfouies. C’est ce qui a déterminé le P. Mercier à choisir les plus remarquables de ces travaux pour en composer un juste volume. Afin que nous puissions les comprendre plus parfaitement et entrer dans l’esprit de celui qui les a composés, le P. Mercier nous donne en même temps une biographie du P. Daniel, et le P. Fontaine a écrit une introduction très claire et très nette, où il nous explique l’occasion qui a fait naître les articles, et l’importance qu’ils eurent au moment de leur apparition.

Quel nom fallait-il donner à ce recueil, composé d’études si varices, nous allions dire si disparates ? Les éditeurs ont choisi celui de Questions actuelles, dont l’exactitude pourrait être discutée. Si l’on peut appliquer cette dénomination à des questions qui ont quelques rapports avec celles qui s’agitent aujourd’hui, qui peuvent, par exemple, se résoudre d’après les mêmes principes, nous n’avons aucune objection à opposer ici. Mais si l’on réserve cette appellation pour les problèmes qui sont à l’ordre du jour, et qui sont de nature à passionner le grand public, elle n’aurait pas dû être donnée à ce recueil. Ne chicanons pas d’ailleurs sur les mots. Nous avons lu avec plaisir et profit ce livre, où il y a tant de belles pages et tant de détails intéressants. L’humble et savant religieux écrit parfois d’une manière admirable, qui rappelle nos grands écrivains du xviie siècle. Dans les polémiques, il change de ton, et devient aussi vivant que précis, aussi pressant qu’imagé. Partout il mérite de retenir l’attention, soit qu’il rectifie un point des Mémoires de M. Guizot, soit qu’il célèbre avec enthousiasme Montalembert et ses Moines d’Occident, soit qu’il esquisse la biographie de Mme Swetchine, soit qu’il expose la banqueroute du protestantisme, soit qu’il montre le chemin qui mène de l’optimisme au panthéisme. Mais n’insistons pas plus longtemps sur ce recueil d’articles : nous avons parler d’un livre proprement dit composé par le P. Daniel nous voulons dire la biographie du P. Alexis Clerc, l’un des martyrs de la Commune.

 

2. Misericordias Domini in æternun cantabo[1]. Telles sont les paroles qu’un vieux peintre espagnol met dans la bouche de sainte Thérèse, comme si elles suffisaient à résumer toute sa vie. C’est aussi l’épigraphe que l’on pourrait donner à la biographie du pieux jésuite. On ne saurait assez admirer la miséricordieuse conduite de la Providence à son égard, et ce que peut la grâce dans la transformation de l’homme. A force de persévérance et de recherches, le P. Daniel est parvenu à reconstituer les détails de cette vie si extraordinaire, et qui devait finir par le martyre. Il est intéressant de suivre avec lui son héros à la maison paternelle, où il eut le malheur de perdre trop tôt sa mère, puis dans ces pensions où il s’habitua trop facilement à l’indifférence religieuse, et ensuite à l’École polytechnique, où il se fit aimer de tous par son enjouement et son heureux caractère. Alexis Clerc songea quelque temps à devenir professeur; puis, au grand étonnement de tous, il se fit marin. La Providence, semble-t-il, voulait l’arracher à la maison paternelle, où les exemples de son père, un des premiers actionnaires du Siècle, ne pouvaient être que pernicieux pour lui. C’est en plein océan Pacifique, dans l’archipel des îles Gambier, que devait commencer son retour à Dieu. Il fut émerveillé, comme l’avait été peu de temps auparavant le commandant Marceau, par le dévouement des missionnaires et les heureux effets de leur apostolat parmi les indigènes. Puis, avec sa droiture naturelle, il voulut connaître de plus près cette religion qu’il avait appris à aimer sur les genoux de sa mère, et qu’il avait tant négligée depuis. La Démonstration évangélique, de Duvoisin, suffit à le ramener. Quand il eut fait le dernier pas, en revenant à la pratique des sacrements, Il devint un apôtre, et contribua puissamment à convertir plusieurs de ses amis. Puis, en marchant d’un pas ferme et continu dans la voie de la perfection, il crut qu’il devait être quelque chose de plus qu’un marin, et il se fit jésuite.

On le vit alors, modeste surveillant de l’école préparatoire de la rue des Postes, conduire les élèves en promenade à travers les rues de Paris. Quand il eut été nommé professeur à la même école, il continua de faire le bien en cherchant le silence et l’oubli. Puis, à cinquante-un ans, en pleine activité scientifique et au moment où les moissons les plus abondantes semblaient réservées à son zèle, la guerre éclata, suivie des horreurs de la Commune. Et, pour le nom de Jésus-Christ, auquel il s’était donné tout entier, le P. Clerc tomba sous les balles des fédérés, après avoir ramené à Dieu un parlementaire imbu des traditions gallicanes, le président Bonjean.

Certes, c’est une vie et une mort bien enviables. Le P. Daniel nous les raconte avec un vrai talent d’écrivain, et la biographie qu’il a écrite est palpitante d’intérêt. Nous engageons ceux qui ne la connaissent pas encore à se la procurer, et à apprendre ce que fut cet éminent religieux, appelé à la troisième heure, mais ouvrier d’autant plus infatigable et sans reproche, operarius inconfusibilis.[2]

A.L.

 



[1] « Éternellement, je chanterai les miséricordes du Seigneur » Livre des Psaumes (88 (89))

[2] « un ouvrier qui n’a point à rougir » Saint Paul, (2 Tm, 2, 15)