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26/10/2015

Souvenirs des martyrs

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26/09/2015

Funérailles des Otages (Compte-rendu)

Paru dans la Biographie de Sa Grandeur Mgr Georges Darboy, archevêque de Paris : avec une notice sur les principaux otages massacrés en mai 1871, par ordre de la Commune, par Cyprien Ordioni, A. Leclère et Cie Ed., Paris, 1871.

 

COMPTE RENDU

DES

FUNÉRAILLES DES OTAGES

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FUNÉRAILLES DES OTAGES

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extrait des journaux

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Aujourd’hui 7 juin Paris a entendu le canon. C’était pour annoncer les funérailles de l’archevêque. Le corps, quittant le palais archiépiscopal, est porté triomphalement à Notre-Dame ; ce corps frappé il y a quelques jours contre le mur intérieur d’une prison, et enfoui avec d’autres à l’angle d’une rue ! Derrière lui marche la France, représentée officiellement par l’Assemblée nationale ; devant lui s’avance la croix, proscrite à vrai dire depuis neuf mois ; car le gouvernement régulier l’avait laissé chasser des écoles, avant que le gouvernement insurgé la fit tomber du fronton des églises et l’arrachât même des autels. La croix revendique et reprend ses droits par le martyre. Il y a une voix du sang et du témoignage qui l’appelle impérieusement. Il faut céder, Dieu le veut. Les barricades s’abaissent, la passion du sauvage s’impose le frein, la passion plus rebelle et plus sourde du lettré s’impose le silence, la croix passe. ‘Vous ferez demain comme il vous plaira, vous comprendrez ou vous ne comprendrez pas, vous changerez de voie ou vous continuerez dans votre voie mauvaise : mais voici un martyr, et vous laisserez passer la croix !

Il y a deux grandes palmes sur ce cercueil, deux palmes immortelles. La palme de l’obéissance est unie à celle du martyre. Avant de mourir avec cette sérénité qui accepte et qui pardonne, l’archevêque avait fait un acte de foi et d’humilité plus précieux même que sa mort. Entre la captivité du siège et la captivité de la prison, il s’est soumis à un décret de l’Eglise qu’il avait combattu. C’est la gloire de sa vie, sa couronne plus resplendissante que la couronne de sang, le triomphe de son âme sacerdotale. C’est par là qu’il a sauvé son Église,, et qu’il obtiendra de Dieu pour son peuple un autre pasteur qui le gardera dans la foi.

Que la mémoire de Georges Darboy, archevêque de Paris, témoin de Pierre, vicaire du Christ, et témoin du Christ, fils unique de Dieu, soit bénie à jamais!...

(Univers.)

Une foule nombreuse s’était portée sur le chemin que devait parcourir le funèbre cortège. Dès le matin, le palais archiépiscopal de la rue de Grenelle-Saint-Germain était l’objet d’un véritable pèlerinage. Tous les fonctionnaires, les députés, les prélats venus de Versailles pour assister aux funérailles, se rendaient à la chapelle ardente.

A dix heures et demie, le cortège se mit en marche et suivit la rue de Bourgogne et les quais, jusqu’au parvis Notre-Dame.

Le corps de Mgr Darboy n’a pas pu être porté à bras et la figure découverte, ainsi qu’on l’avait dit, car avant-hier il a fallu procéder à la mise au cercueil. L’archevêque n’ayant pu être embaumé que trois ou quatre jours après sa mort, cet embaumement n’a produit aucun effet et force a été de le transporter sur un char et dans un double cercueil.

Dès neuf heures du matin, les troupes qui devaient former le cortège se massent sur la place des invalides, rue de l’Université, place et rue de Bourgogne et sur le quai d’Orsay.

Six-coups de canon annoncèrent la sortie du cortège du palais archiépiscopal.

Le 1er régiment de cuirassiers, qui formait la tête, se mit en mouvement. Venait ensuite le général Vinoy et son état-major : le 3e régiment de chasseur d’Afrique, deux généraux de brigade, le 23e régiment des chasseurs de Vincennes, le 39e de ligne, musique en tête, le 48e, et quatre voitures de deuil dans lesquelles ont pris place les chanoines du chapitre métropolitain.

Enfin, la croix, la crosse, la mitre, le bougeoir et le pontifical des archevêques de Paris, portés par de jeunes prêtres, précédant le char, attelé de six chevaux richement caparaçonnés et conduits à la main par des palefreniers en grande livrée et portant les restes mortels de Mgr Darboy.

Le frère du défunt et des parents et amis de la famille suivent à pied, dans le plus profond recueillement.

Ils sont suivis par une députation de l’Assemblée nationale, par les consistoires israélite et protestant, par des académiciens, des artistes, des membres de la chambre de commerce et des commerçants du faubourg Saint-Germain.

Viennent ensuite le char portant les restes de Mgr Surat, attelé de quatre chevaux, le 38e de ligne, une batterie d’artillerie et trois escadrons des 8e et 9e de cuirassiers qui ferment la marche.

La foule est immense sur tout le parcours ; la place du Parvis est inabordable.

Dès six heures du matin, toutes les tribunes de l’immense basilique sont remplies d’assistants.

Personne ne pénètre plus dans l’église. La façade est entièrement tendue de noir.

A la porte, le chapitre de Notre-Dame, les curés de Paris et leur clergé reçoivent le corps de l’archevêque, qui est porté processionnellement sous le catafalque qui lui a été élevé et autour duquel l’attendaient les corps de ses infortunés compagnons, le curé de la Madeleine et les trois pères Jésuites fusillés avec lui.

Sur les marches de l’Hôtel-Dieu, une foule compacte entoure les sœurs de charité qui stationnent au dernier rang.

La tristesse est sur tous les visages à Notre-Dame, et des torchères, à l’esprit de vin, qui brûlent sur toute la longueur de la grande nef, ajoutent encore au milieu de ces tentures noires, à l’émotion qui se lit sur tous les visages.

La chaire et la stalle de l’archevêque sont voilées de longs crêpes noirs à crépine d’argent.

Tout en haut de l’église, sur des écussons appendus à intervalles égaux, on lisait ces dates funestes :

22, 23, 24, 25 mai 1871

ainsi que les noms des malheureuses victimes de ces horribles journées.

Le corps de Mgr Darboy, pendant la cérémonie, était disposé sous un dais magnifique aux coins duquel se trouvaient quatre anges, la main sur la figure en signe de deuil. — Le corps de Mgr Surat reposait à droite et celui de M. l’abbé Deguerry à gauche, sous deux catafalques. Les vêtements sacerdotaux des malheureuses victimes étaient déposés sur leur cercueil.

Au fond de l’église se tenait le général Laveaucoupet, entouré de son état-major. C’est lui qui commandait les forces militaires pour la triste cérémonie.

Dans le chœur étaient placés le maréchal Mac-Mahon, les généraux de Cissey, Susbielle, ainsi que l’amiral Saisset accompagnés de leurs états-majors. Auprès d’eux se trouvaient MM. Jules Favre, Jules Simon, Grévy, Daru, Picard, Léon Say et d’autres encore.

De chaque côté des catafalques étaient les députés au nombre de deux cents au moins. Dans la grande nef, plus près de la grande porte d’entrée, les membres de l’Institut, parmi lesquels le baron Taylor et M. Camille Doucet.

Plus loin, sur le côté opposé, plusieurs généraux entourés d’officiers de tous grades. Derrière ceux-ci, la Société des sauveteurs de Paris.

Pendant la bénédiction, les clairons et les tambours sonnaient ft battaient aux champs. La musique de la garde républicaine s’est fait entendre à diverses reprises.

La cérémonie s’est terminée par cinq absoutes données successivement par les évêques de Versailles, de Coutances, de Châlons, de Bagneux et en dernier lieu par Mgr Chigi, nonce du pape.

Le prélat officiant était Mgr Alouvri, ancien évêque de Pamiers, remplaçant le doyen d’âge, Mgr Allot, évêque de Meaux, empêché par indisposition.

L’évêque de Troyes était avec le chapitre.

Le Miserere de Mozart a été joué à la fin de la cérémonie. Le hasard a produit à ce moment un effet grandiose. Un coup de canon, dont la vibration s’est longtemps prolongée sous les voûtes, a pointé la dernière note du morceau.

La foule s’est retirée en silence, et le cercueil a été descendu dans le caveau des archevêques de Paris. 

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LISTE OFFICIELLE

DES OTAGES ASSASSINÉS AVEC MGR L’ARCHEVÊQUE DE PARIS

 

Mgr Darboy, archevêque de Paris. — Mgr. Surat, protonotaire apostolique, vicaire général de Paris. — L’abbé Deguerry, curé de la Madeleine. — L’abbé Bécourt, curé de Notre-Dame-de-Bonne-Nouvelle. — L’abbé Sabatier, deuxième vicaire de Notre-Dame-de-Lorette. — L’abbé Allard, prêtre libre, aumônier d’ambulance. — L’abbé Plan chat, aumônier du patronage de Sainte-Anne, à Charonne. — Le R. P. Houillon, prêtre de la Congrégation des Missions étrangères. — M. Seigneret, séminariste de Saint-Sulpice. — Les RR. PP. Ducoudray, Olivaint, Clerc, Caubert, de Bengy, de la Compagnie de Jésus. — Les RR. PP. Radigue, Tuffier, Rouchouze, Tardieu, de la Congrégation des S.-C. de Jésus et de Marie. (Maison de Picpus.) — Les RR. PP. Captier, Bourard, Cotrault, Delhorme, prêtres, Chatagneret, sous-diacre, dominicains de l’école libre Albert-le-Grand, à Arcueil.

MM. Bonjean, président à la cour de cassation. — Chaudey, publiciste. — Jecker, banquier. — Gauquelin, Volant, Petit, maîtres auxiliaires à l’école libre Albert-le-Grand (à Arcueil). — Aimé Gros, Marce, Cathala, Dintroz, Cheminai, serviteurs de l’école libre Albert-le-Grand (à Arcueil).

MM. Genty, maréchal des logis de gendarmerie. — Bermont, Poirot, Pons, brigadiers de gendarmerie. — Bellamy, Chapuis, Doublet, Ducrot, Bodin, Pauly, Walter, gendarmes. — Keller, Weiss, gardes de Paris.

(Journal officiel.)

 

Il faut ajouter à ces noms :

MM. Derest, ancien officier de paix. — Largillière, sergent-fourrier. — Moreau, garde national. — Belanuy, Biancherdini, Biolland, Burtolei, Breton, Cousin, Coudeville, Colombani, Dupré, Fischer, Garodet, Geanty, Jourès, Marchetti, Mangenot, Margueritte, Maunoni, Mouillie, Marty, Millotte, Paul, Pourtau, Salder, Vallette, gardes de Paris.

 

 

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19/09/2015

Carnets de Bord de Charles de Gauléjac (suite et fin)

Voici la suite des Carnets de bord de Charles de Gaulejac, tirés de la Revue de Comminges (1981). Se reporter à l'introduction pour les détails.

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REVUE DE COMMINGES PYRÉNÉES CENTRALES

1er Trimestre 1981

  

Campagne du Cassini en mer de Chine

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Carnet de bord d’un jeune Commingeois

(1851 -1854)

par Bernard de GAULÉJAC

 

(Suite)

 

Le 1er janvier 1853, départ pour Canton ; « le 2 nous étions mouillés à Wham-Pou, village situé à trois lieues de Canton, où s’arrêtent tous les navires. Y étant restés quinze jours, nous avons eu le plaisir d’aller à Canton pendant trois jours et de visiter la ville, autant que cela est possible aux étrangers. Nous y avons trouvé un missionnaire français qui a été pour nous d’une complaisance extraordinaire et grâce à lui nous avons vu un beau jardin chinois qui appartient à un riche commerçant... La ville, dont on ne peut visiter que les faubourgs, est en tout semblable à Ning-Po et Changhaï..., mais les Européens y sont beaucoup plus mal reçus car, lorsqu’ils s’éloignent de leurs quartiers, ils sont accueillis par les cris répétés de « Chiens d’étrangers », chose dont nous nous sommes aperçus en approchant des remparts de la ville qu’on ne peut franchir. Les Anglais qui, ici comme partout, sont à la tête du commerce, ont fait fléchir leur orgueil pour pouvoir s’enrichir et ont sacrifié l’honneur à l’argent car, d’après les traités, les portes de la ville devraient leur être ouvertes et ils n’ont pas osé réclamer l’exécution de cet article du traité, se contentant d’une modique place qui leur été concédée sur le bord de la rivière. Ils sont comme des collégiens, passant la journée dans leurs bureaux et la soirée dans le jardin commun à tous. Les courses en canaux sont leur seule distraction car ils ne peuvent point avoir de chevaux et aller à la chasse, par crainte d’être frappés par le peuple des campagnes ».

Après de nouveaux travaux d’hydrographie, le Cassini est de retour à Macao le 15 février. Le 21, « nous avons proclamé l’Empire ici, mais il n’y a pas eu beaucoup de crib et d’enthousiasme, car tout le monde (les chefs même) est fatigué de sauter pour tous ces gouvernements qui se succèdent si rapidement. A bord de la corvette la Capricieuse, le Commandant s’est contenté de faire lire la proclamation par le sergent qui lit les punitions et n’y a pas même assisté ; on a fait ensuite une salve de 101 coups de canon et tout est rentré dans le repos d’une rade vaste et déserte ».

Le 29 mars le Cassini est à Changhaï, car les Taïping, Chinois révoltés contre l’Empereur, se dirigent sur Nankin et Pékin, en suivant la vallée du Yang-Tsé-Kiang et « il serait possible qu’ils s’emparassent de Changhaï… et notre présence y serait nécessaire pour secourir les missionnaires et les Français qui s’y trouvent ». Les rebelles assiègent Nankin ; « ils sont beaucoup mieux organisés que les troupes de l’Empereur qui, jusqu’ici, n’ont pas pu leur résister, partout où elles ont essayé de les arrêter. Changhaï, étant à 20 ou 30 lieues de Nankin, pourrait être envahi par les insurgés, aussi avons-nous été envoyés pour protéger le Consul de France si cela devenait nécessaire[1]. La Capricieuse, que nous avions laissée à Macao, est partie dernièrement pour nous rejoindre. Nous attendons aussi deux vapeurs de guerre anglais et deux navires américains (de guerre aussi) qui viennent ici avec les plénipotentiaires en Chine de leurs nations ; aussi est-il probable que nous resterons ici fort longtemps, notre présence étant peu utile dans le sud et pouvant l’être beaucoup ici au moment où toutes les puissances concentrent leurs forces navales sur ce point. M. de Montigny (consul à Changhaï) qui avait obtenu un congé, doit rester avec nous jusqu’à ce que les affaires aient repris leur cours habituel, car le commerce a cessé presque entièrement avec les commerçants chinois, qui ne sont occupés qu’à cacher leurs richesses. Et ce ne sont pas là les seules raisons qui nous retiennent ici, car nos chaudières, étant en fort mauvais état, demandent de grandes réparations et iront fort mal dorénavant ».

« Nous venions à Changhaï, tant pour protéger le Consul que pour assister à la bénédiction d’une église que les Pères Jésuites ont fait bâtir. Tout cela s’est passé comme nous le pensions ; le 1er mars nous avons quitté Macao..., nous sommes arrivés à Nang-Po le 7 du mois.., [vu] les bonnes sœurs, que nous avions eu le bonheur d’y conduire et qui, depuis cette époque, n’étaient point sorties de leur maison, craignant de choquer les usages chinois qui ne permettent aux femmes de sortir en ville que très rarement. Après cinq jours de séjour... nous avons pris la route de Changhaï,... le 15 nous étions mouillés en rivière, où nous avons appris l’état peu satisfaisant des affaires commerciales. Le 17 nous avons rendu une visite au Mandarin ; comme l’année dernière, j’ai eu le plaisir d’aller avec le Commandant, qui lui a offert l’hospitalité à bord du Cassini si les rebelles venaient à s’emparer de la ville. Après l’entretien, on nous a servi un dîner, mais qui était plutôt européen que chinois, car le Mandarin, qui connaît nos habitudes (il est à Changhaï depuis deux ans), a cherché à se conformer à nos goûts. Quoique on nous ait donné des fourchettes et des cuillers en même temps que des baguettes chinoises, j’ai voulu me servir de ces dernières et, à ma grande satisfaction, j’ai vu que j’avais fait beaucoup de progrès depuis l’année dernière... Pendant toute la cérémonie les autorités chinoises étaient très tristes et paraissaient recevoir avec joie l’offre de notre Commandant. Aujourd’hui les chefs sont venus à bord et le Mandarin a visité en détail les différentes parties du navire. faisant des questions très sensées sur nos armes et notre machine, puis il a dîné chez le Commandant, qui l’a fait saluer, à son départ, de neuf coups de canon. Cet homme qui, d’un moment à l’autre, peut être renversé par les rebelles, est content d’avoir un asile assuré à bord et de faire voir à son peuple que,, quoique son pouvoir chancelle, nous ne le considérons pas moins comme le représentant de l’Empereur et comme notre ami ».

Le 22 avril, le Cassini appareille pour Nang-Po, mais revient rapidement à Changhaï. « Ce qui m’a le plus intéressé, c’est un repas que j’ai fait chez un riche chrétien de la ville, le lundi de Pâques : Mgr Maresca, évêque de Changhaï, et plusieurs Pères Jésuites y assistaient. Après la messe, qui fut célébrée dans la maison et pendant laquelle les femmes chantaient en chœur les diverses prières, on nous servit une petite collation composée de mille petits desserts qui couvraient la table, mais ce n’était là qu’un commencement car on nous invita bientôt à passer dans la salle à manger, vaste chambre nue, au milieu de laquelle était dressée une immense table. Monseigneur présidait au repas qui était servi, suivant la coutume chinoise, par les fils de la maison, tandis que le père de la famille surveillait le service et se réjouissait du plaisir que nous causait un dîner à la chinoise. Les mets, qui en général étaient bouillis, nous ont assez plu, quoique leur art culinaire soit bien restreint. Le dîner fini, nous prîmes une collation semblable à la première qui fut suivie de délicieuses tasses de thé vert, qui est très estimé des Chinois. Les femmes, que leurs pieds mutilés obligent à rester enfermées et à qui les usages ne permettent pas de manger avec les étrangers, s’approchaient de nous et nous servaient même quelques fois. Les Chinois en général sont d’une politesse exquise et ne voudraient jamais manquer aux règles de leur étiquette, qui est très sévère. Du reste nous allons quelques fois dans des familles chinoises ; nous le devons à notre qualité de chrétiens et de Français, car nous n’avons jamais trempé dans les guerres qui leur ont fait tant de mal et nous n’avons pas en Chine ce commerce d’opium, qui est pour les Chinois une source de misère. Grâce à notre modération, nous avons vu, contrairement à toute coutume, des femmes chinoises d’une famille païenne venir visiter le navire et nous recevoir dans leur maison, avec tous les frais d’usage en pareil cas ; lorsque leurs amies leur demandaient comment elles osaient aller auprès des Européens, elles disaient, chose très drôle pour nous, que nous n’étions pas des Européens, mais des Français. Nous devons en grande partie aux Pères Jésuites l’estime qu’ont pour nous les Chinois de cette province, où le christianisme fait des progrès très rapides. Ces Révérends Pères ont ici plusieurs maisons d’éducation qui promettent beaucoup et où nous allons souvent les voir ; ils viennent aussi très souvent à bord ».

« Quelques fois nous allons passer la soirée dans la famille de notre Consul, qui est un homme excessivement aimable et qui, en ce moment, fait ses préparatifs de départ, car nous devons l’amener avec nous jusqu’à Macao d’où il partira pour la France qu’il a quittée depuis cinq ans. Il amène avec lui une ménagerie complète, dans laquelle se trouvent onze bœufs du Tibet, qui sont des bêtes fort curieuses et qui, d’après notre Consul, pourront rendre en France de très grands services. Ces animaux incomparables, qui ont la force du bœuf et la légèreté du cheval, ont un poil avec lequel on fait, dit-on, les cachemires du Tibet… » Je crois que nous serions partis pour Macao demain ou après-demain, mais les Anglais n’ayant ici pour les défendre qu’un navire de guerre comme le nôtre et craignant qu’après notre départ il n’y eut une révolte dans la ville chinoise, ont demandé à notre Commandant de rester ici jusqu’à l’arrivée de nouvelles forces, qui leur sont envoyées de Hong-Kong ».

« Les rebelles sont toujours dans Nankin, attaqués par les troupes impériales et il est probable que, quand je quitterai la Chine, les choses en seront au même point, car tous ces gens là ne sont pas très guerriers. Cependant il y a eu des insurrections dans quelques villes de la côte, ce qui pourrait compliquer les affaires et qui fait craindre aux Anglais qu’il n’y ait ici un soulèvement que rien n’annonce cependant en ce moment ».

En juin, le Cassini quitte Changhaï pour conduire à Macao M. de Montigny qui, le mois suivant, embarquera sur « un beau navire américain qui va à Londres ».

« Avant de quitter Changhaï, nous avons assisté au départ de l’escadre américaine qui doit exiger des Japonais l’ouverture de quelques ports pour le commerce, mais qui ne réussira peut-être pas contre ce peuple belliqueux, régi par le despotisme le plus absolu. Le succès de cette entreprise serait un pas énorme pour nos missionnaires qui, depuis longtemps, ont vainement essayé de s’introduire dans ce pays, où le catholicisme a été si florissant ».

« En ce moment [20 août] les rebelles, qui sont toujours à Nankin, viennent de remporter une victoire sur les troupes impériales et marchent sur Pékin, confiants dans leur étoile. On dit que leurs intentions envers les Européens sont les meilleures possibles, mais je ne sais point jusqu’à quel point on peut croire ces bruits, sans fondement certain. Je crois que quelques insurgés s’approchent de Changhaï, ce qui nous fait les souhaiter à tous les diables car, s’il se passait quelque chose dans le nord, cela pourrait retarder notre départ ».

« Les dépêches dernières nous parlent beaucoup de la Russie qui, dit-on, prend des airs menaçants ; je ne voudrais pas qu’il y eu la guerre... ; il serait déplorable de voir les peuples s’entretuer, avec les moyens violents de destruction que nous avons maintenant ».

« J’ai aussi à vous apprendre le retour de l’expédition américaine au Japon, qui était commandée par le commodore Perry et qui, après s’être approché de Yedo [Tokio] à une distance de trois ou quatre lieues, a mouillé au milieu des jonques du pays. L’Amiral a obtenu une entrevue avec un des grands de la cour, qui est venu sur le rivage avec quelques troupes qui, au dire des Américains, sont peu différentes de celles des Chinois dont on connaît le peu de valeur. Trois tentes avaient été dressées à l’avance pour la cérémonie, à la fin de laquelle l’Amiral a remis une lettre où étaient renfermées ses demandes, dont il doit aller prendre les réponses l’année prochaine. Du reste tout s’est passé dans le plus grand ordre et le Commodore espère, je crois, le plein succès de la mission qui lui a été confiée ».

« Tout à coup [20 septembre] est arrivé l’ordre de se rendre immédiatement à Changhaï où, dit-on, sont entrés quelques rebelles qui ont aussitôt pris possession de la ville. Quoique ils n’aient rien fait aux Européens, on craint cependant, ce qui a porté notre Commandant à se rendre dans le Nord ».

C’est le 3 octobre que le Cassini atteint son mouillage de Changhaï, après un « rude échouage ». « Ici nous étions vivement attendus car, la ville chinoise étant depuis quinze jours au pouvoir des rebelles, on craignait qu’ils ne cherchassent à piller les maisons de commerce où sont renfermées de grandes sommes d’argent. Depuis quelques temps déjà les matelots anglais étaient établis à terre et, le 5 octobre, nous nous joignîmes à eux pour la défense commune, gardant principalement le quartier qui nous est affecté. Pendant vingt jours j’ai eu le plaisir, ainsi que mes camarades, de monter la garde au poste qu’on avait établi pour cela mais, tout étant maintenant plus tranquille, j’ai repris ma vie à bord. Quand le temps et le service me le permettent, je vais chasser le faisan à la campagne, ce qui m’amuse beaucoup, quoique je n’en trouve pas plus de quatre ou cinq dans la journée ; jusqu’ici je n’en ai tué que deux ».

« Quelques fois aussi nous sommes spectateurs des combats navals des Chinois, qui généralement sont peu sanglants, les deux partis n’osant s’approcher qu’à de grandes distances. Dernièrement je suis allé visiter un camp des troupes impériales qui se composait de deux cents jonques, portant environ deux mille hommes couverts de haillons, qu’on avait armés à la hâte de quelques mauvais fusils à mèche ou de bâtons, armés à leur extrémité d’un beau clou aiguisé. Ces soldats ayant en général la mine peu guerrière et afin d’exciter leur courage, les mandarins leur font porter sur la poitrine un plastron sur lequel est écrit le mot « brave ». Mais tout cela est inutile car leur tactique est de toujours tourner le dos quand l’ennemi approche. Le général en chef annonce toutes les semaines qu’il va prendre la ville et le commandant des rebelles qu’il va exterminer les impériaux, cependant les choses en sont toujours au même point. Les jours où le combat a été terrible, il y a jusqu’à dix ou douze blessés de chaque côté. Ceux de l’armée impériale sont soignés par nos docteurs qui vont les panser dans la maison des Pères. Presque tous sont blessés par derrière et portent ainsi, écrit sur leur dos, le contraire de ce qu’ils ont gravé sur la poitrine. Lorsqu’un homme est blessé, toute son escouade l’escorte à l’Hôpital et, si les Pères les renvoient, ils se disputent alors pour garder le malade ».

« Il y a quelques jours il s’est passé une chose digne d’être racontée : pendant que quatre cents soldats impériaux faisaient l’exercice dans le faubourg, il vint à passer huit insurgés, qui s’étaient égarés dans une sortie ; aussitôt le commandant, qui avait pris la queue de la troupe, cria À ses hommes de les exterminer et donna l’ordre au porte-drapeau de marcher le premier, mais celui-ci se récria, disant que c’étaient les boucliers qui devaient ouvrir la marche, les boucliers soutinrent que les hommes armés de fusils passaient li-s premiers et l’ennemi passa sans être inquiété le moins du monde. Si on ne connaissait pas le peuple chinois comme le plus lâche et le plus fourbe des peuples de la terre, on ne pourrai croire, sans avoir vu, ces parodies de guerre qu’ils jouent tous les jours. Quoique les insurgés n’aient que du sang chinois dans les veines, ils ont un peu plus de hardiesse, à cause de leurs premiers succès. Je ne sais quand finiront tous ces troubles, mais il est probable que l’Empereur, n’ayant pas assez d’argent pour payer la soumission des rebelles, qui sont déjà aux portes de Pékin, sera détrôné ou dépossédé de la meilleure partie de ses états. Les Chinois de la ville sont du reste contents de leur nouveau gouvernement, qui ne peut être pire que le premier ».

« La Constantine, qui remplace en Chine la Capricieuse, est arrivée à Macao six jours après notre départ, mais ne viendra ici qu’à la fin du mois ; M. Tardy de Montravel, son commandant, devient donc chef de la station française. Le Colbert, destiné à remplacer le Cassini, arrive enfin, « nous pensâmes tous à un départ presque immédiat, mais je crois que nous sommes ici jusqu’à la fin du mois, notre Commandant se trouvant fort bien en Chine. La Constantine… nous a envoyé l’ordre de rentrer, mais en laissant une certaine latitude, et M. de Plas, qui toujours pense à la guerre, ne quittera Changhaï qu’au dernier moment… Je vais à la chasse lorsque le service le permet, et j’en suis à mon sixième faisan ».

« Dernièrement, nous avons eu ici le spectacle d’un grand combat naval, depuis longtemps attendu, mais qui n’a en rien changé la situation des parties belligérantes. Les rebelles avaient acheté deux navires anglais qu’ils ont armés à la hâte et qu’ils espéraient soutenir avec leurs batteries de terre et quelques petits bateaux chinois, mais leur défaite a été complète. Le Mandarin, qui avait sous ses ordres une trentaine de jonques cantonaises, bien armées avec d’anciens pirates, et six navires européens, devait en effet l’emporter. Le 9, il paya ses troupes, qui sans cela n’auraient pas voulu se battre, et le 10 il fit appareiller ses navires, les jonques en tête. Les premières se contentèrent de canonner la flotte ennemie, mais une d’elles, plus brave que toutes les autres, alla aborder le vaisseau amiral des insurgés et s’en empara, en couvrant son pont de matières incendiaires. Dès lors la victoire fut complète, car tous les rebelles quittèrent leurs navires pour se sauver à la nage à l’abri de leurs batteries. Les deux partis ont brûlé beaucoup de poudre, mais n’y a pas eu de blessés, du moins dans la flotte impériale. Quant aux insurgés, ils se seront peut-être enrhumés, car l’eau était assez froide au moment de leur fuite précipitée. Forts de leur succès, les Cantonnais emmenèrent la flotte ennemie et s’éloignèrent de la batterie pour se préparer au pillage du faubourg, dans les endroits où il n’était pas défendu. Après s’être emparés des plus riches marchands, les pillards ont brûlé deux ou trois cents maisons et, de là, ils se sont éloignés pour partager tranquillement le butin. Les missionnaires craignaient que les pirates n’attaquassent l’église et nous étions prêts à envoyer des secours au premier signale, mais il n’y a rien eu, car les Chinois des deux partis cherchent à rester amis des Européens, qui finiront peut-être par se mettre à cette guerre interminable. En attendant tout cela nous empêche d’aller dans la ville chinoise et ne nous laisse que la chasse pour toute distraction ».

Le 30 novembre, « nous avons... pris à bord M. le Ministre et sa suite, laissant le Colbert pour garder la Mission de Changhaï. Après cinq jours d’une navigation difficile, nous sommes arrivés à Nankin. ; il était 10 heures du matin et nous allions mouiller lorsqu’un boulet passa sur notre avant. Le Commandant qui, depuis trois ans, ne rêve que plaies et bosses, fut bientôt prêt à répondre, mais sa peine fut perdue car les intentions des Nankinois ne nous étaient pas hostiles. En effet, ils répondirent à l’officier, qui était allé demander raison de ce procédé, qu’ayant reçu du général en chef l’ordre de tirer un coup de canon, ils avaient aussi tiré ce qui était dedans, et certes ils n’avaient pas fait exprès de tirer si bien, car leurs pièces, qui sont attachées sur de lourdes pierres, ne changent jamais de direction. Les relations établies, on arrangea tout pour l’entrevue que M. de Bourboulon devait avoir avec le premier ministre de l’Empereur insurgé, et je fus désigné pour faire partie de la suite. Comme la résidence du gouvernement était à deux lieues dans l’intérieur de la ville, nous dûmes partir de grand matin avec nos canots et remonter par un bras de rivière jusqu’à la porte la plus voisine du lieu de l’entrevue. Là, après une longue attente, que le froid rendait peu amusante, on nous fit monter tous sur de vilaines rosses qui sans doute ne s’étaient pas reposées des jeûnes et des fatigues de la guerre. A notre arrivée chez le Ministre, on nous mena dans une salle d’attente, où étaient pendus des canards et des morceaux de cochon, qu’ils faisaient sans doute sécher pour en faire des provisions de campagne. Bientôt on nous introduisit dans le prétoire et, par une porte qui s’ouvrit dans le fond de la salle, s’avança le premier ministre, dont les pas comptés et le costume bariolé nous fit bientôt voir qu’il n’était pas encore bien habitué à son rôle ; malgré sa robe, sur laquelle se trouvaient pêle-mêle toutes les couleurs, et son diadème en cuivre doré surmonté d’un paratonnerre, il n’était pas très majestueux et nous eut donné fort envie de rire, si nous n’avions pas déjà connu une partie de leurs usages. La salle étant mal disposée pour l’entretien, M. le Ministre demanda une entrevue particulière et nous attendîmes, en gelant, le moment du départ. A huit heures du soir nous étions à bord. Dès ce moment, M. de Bourboulon, peu satisfait de son entrevue, ne quitta plus le Cassini ».

« Je ne sais si cette insurrection, qui s’étend déjà sur plusieurs provinces et dont l’armée assiège Pékin, parviendra à renverser la dynastie mantchoue, mais ce serait peut-être à désirer pour la Chine, car les chefs de l’insurrection sont des chrétiens qui renversent partout les idoles et punissent de mort celui qui oserait fumer l’opium. Venus des montagnes du Kouang-Si, on croit que ces hommes, qui abolissent la queue si drôle de leurs compatriotes, sont des descendants d’anciens catholiques qui avaient fui la persécution et avaient transmis à la postérité leurs croyances qui, mal dirigées, se sont entachées d’erreurs ».

« Après avoir vu ces ennemis de la queue chinoise, nous sommes revenus à Changhaï le 20, pour célébrer la Noël et nous serions partis hier sans une affaire qui est survenue le 24. Deux catholiques des Pères, ayant été attirés dans la ville, l’un d’eux avait été torturé et ce n’est qu’après de vives menaces de notre part qu’ils les ont ramenés. On a obtenu réparation par la punition du coupable, qui devait recevoir cinquante coups de bâton au pied du pavillon français, et qu’on a seulement humilié, à sa grande satisfaction ».

« Le 1er [janvier 1854] nous étions à Ning-Po, à la veille de partir pour Hong-Kong. Aujourd’hui [17 janvier] nous sommes à Macao et après demain nous partons pour Manille ».

« L’expédition américaine, commandée par le commodore Perry, et qui déjà l’année dernière est allée au Japon, est prête à repartir et demander la réponse aux demandes faites il y a six mois. L’amiral Rune, qui venait de quitter Changhaï à la fin de décembre, s’est dirigé vers Nagasaki, d’où il espère communiquer avec la cour de de Yédo ».

« Si nous nous détournons ainsi du chemin direct c’est, dit-on, pour prendre le fils du prince de Beauvau, qui est malade. Ce jeune homme, qui était capitaine au long cours et qui s’amusait depuis à dépenser ses rentes en naviguant, a vendu son navire et, après maintes bêtises, s’est fait mettre en prison. Comme il a l’habitude de noyer ses ennuis dans l’eau-de-vie, il a sans doute abîmé sa santé et nous allons le ramener en France ou, tout au moins, le tirer de Manille, où tout le monde en est fatigué ».

« Le commandant de la station, M. de Montravel, est en ce moment dans la Nouvelle-Calédonie où nous voulons, je crois, établir une colonie pénitentiaire ».

Le 15 février, le Cassini mouille en rade de Singapour puis, après vingt-sept jours de navigation, atteint Saint-Denis-de-la-Réunion, qu’il quitte le 5 avril ; enfin, après le Cap (22 avril), Gorée, puis les Açores, c’est l’arrivée à Lorient, le 5 juin 1954. La campagne de Chine est terminée et le Cassini, dont une chaudière a éclaté, non loin de Gorée, va être entièrement désarmé.

M. de Plas, commandant le Cassini, paraît avoir parfaitement rempli la mission qui lui avait été confiée : le pavillon français a été vu en Malaisie, à Sumatra, à Jawa, à Mindanao, à Manille, sur les côtes de Chine et de Cochin-Chine. La France a montré qu’elle entendait réprimer fermement la piraterie maritime, surtout quand celle-ci s’attaquait à un pavillon protégé par elle. Le commerce français, un peu important seulement à Changhaï, a été encouragé et protégé, mais ont été particulièrement protégés les missionnaires européens et avec eux les chrétiens de race asiatique, en raison de leur qualité de chrétiens, et cela à rencontre et de leurs compatriotes et des autorités de la nation à laquelle ils ne cessent pourtant pas d’appartenir. La présence du Cassini à Changhaï en 1853 a été particulièrement bénéfique.

Les réflexions du jeune aspirant font ressortir la froideur des rapports avec les Anglais, dont le pavillon éclipse celui de la France sur toutes les mers et dont le commerce en Extrême-Orient est particulièrement florissant, surtout si on le compare avec celui des Français. Par contre, les marins français se louent de l’accueil que leur ont réservé Hollandais et Espagnols. L’influence américaine est en nette croissance dans cette partie du monde, au détriment de l’influence britannique ; ce sont les Américains qui déjà possèdent les navires les plus luxueux et, ces années-là, c’est leur flotte qui oblige le Japon à ouvrir ses ports au commerce mondial.

La Marine française est en pleine mutation : le Cassini est un navire à moteur et à roues, capable de remorquer, par calme plat, un vaisseau à voiles, mais, dès la seconde année de campagne, ses chaudières sont en piteux état. A cette époque cependant c’est encore le navire à voile qui est considéré comme la meilleure école pour un marin. En 1854, l’agonie de cette marine à voile est proche : l’hélice ne va pas tarder à remplacer complètement les roues ; le Napoléon, navire à la pointe de la technique moderne, est lancé en 1852 et l’enseigne de vaisseau Charles de Gauléjac va faire la campagne de Crimée à bord d’une batterie flottante cuirassée ; on n’arrête pas le progrès.

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[1] « Début 1851, la corvette à roues « Cassini » apparaît au « mouillage français » de Changhaï : sa venue est très souhaitée, parce que les Taïpings menacent. Cette corvette gagnera, durant la période troublée subséquente, une notoriété comparable à celle du « Catinat » à Saigon dix ans plus tard. Quant à ces rebelles… ce sont des membres de Sociétés secrètes, bandits, vagabonds ».

Jean Malval, Chronologie militaire de la concession de Changhaï, dans Mémoires de l’Académie des sciences, arts et belles-lettres de Dijon, t. CXXI, 19701972, p. 249.

Les Taïpings, secte religieuse chrétienne ou soi-disant telle, fondée en 1850 dans la province de Kouang-Si par Taï-ping-Ouang. Houng-siou-Ts’uen se fit proclamer roi à Nankin, en 1853.